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LA DÉCOUVERTE DU BATEAU DE
PÊCHE
Le premier Mardi du mois de mai 1931, Mustapha gardera en sa
mémoire ce jour si attendu. En effet, il avait réussi à embarquer grâce à la complicité
du vieux Lahcen. Ce dernier avait servi la veille un
repas à un marin venant de débarquer au port de Safi. Il faisait partie de
l'équipage d'un sardinier venant tout droit de Bretagne, en cabotant d'un port
à l'autre. D'après le marin, qui paraissait être en manque de conversation
après son périple en mer, le bateau avait été envoyé de Casablanca afin
d'assurer l'approvisionnement d'une des conserveries françaises de Safi. Une
partie des marins avait été recrutée dans le port de Mazagan, seul le mécanicien
et le raïss était de Casablanca.
Le marin tout en mangeant un délicieux ragoût de congre,
demanda au Père Lahcen si celui ne connaissait pas un
adolescent qui aimerait travailler pendant la campagne de pêche. Le vieux lui
avait dit qu'il avait justement le gars qu'il fallait, que c'était un gamin
travailleur malgré son air chétif, il ne paraissait pas ses treize ans, mais
qu'il avait déjà travaillé à bord d'un bateau. Mustapha en apprenant le soir même
la nouvelle ne cacha pas sa joie, mais celle ci se dissipa très vite. En effet,
il n'avait pas l'âge réglementaire, il n'avait même pas dix ans. Le père Lahcen le rassura "Écoutes ! Parfois il faut oser !
D'ailleurs tu es costaud pour ton âge, a treize ans je n'avais ni la taille de
tes épaules, ni ta vivacité d'esprit ! Et fais-moi confiance, j'ai parlé au
gars de Mazagan, Driss, où plutôt c'est lui qui m'a parlé,
tellement il cause. Bref, il t’aidera à faire ta place !
C'est ainsi que ce Mardi là, à cinq heures du matin, le jeune
Mustapha se retrouva au pied du " Bonitoire".
Durant une bonne partie de la nuit, il avait répéter le nom du bateau "LE Bonitoire", comme une incantation, il ne voulait
oublier le nom du bateau devant lequel il devait rencontrer Driss.
Dés trois heures du matin, il s'était levé pour s'habiller sans un bruit et
quitter la maison, avant de refermer la porte il se ravisa, et partit enfiler
une vieille veste qu'il n'a porté qu'une fois lors de sa rentrée à l'école,
par-dessus il remit la djellaba de laine. Certes le froid de l'aube printanière
était vif, mais Mustapha s'était vêtu de la sorte pour une autre raison. D'ici
quelques minutes son père allait se réveiller pour faire ses ablutions.
Le gardien du pâté de maison fut surpris de le voir si matinal.
"Bonjour gamin !Où vas-tu à cette heure! Ne me dis pas que tu vas toi
aussi travailler à l'usine des Européens ! Après les hommes, les femmes
maintenant ils tuent à la tâche même les enfants ! Mon Dieu où va-t-on ?
Mustapha savait où il allait. Mais ce qu'il ne savait pas c'est que cette
heure, l'heure où même les démons vont se coucher, serait celle qui comme un
rituel, fixerait ses rendez-vous avec la vie de la mer. Durant toutes les
années qui suivirent il ne faillira jamais à la règle. "Le Bonitoire" n'était pas difficile à reconnaître aux
milieux des autres embarcations malgré la faible clarté de l'aube. Il était
comme lui avait décrit le père Lahcen.
C'était un magnifique coltre de douze mètres à la coque rouge ceinturée
d'une large bande blanche. La cabine en bois vernis et munie d'une large baie
vitré, trônant en arrière sur pont était ce qui à première vue le différenciait
des autres bateaux à habituellement présents dans le port. En effet la plupart
des embarcations motorisées mouillant dans le port de pêche avaient une
timonerie à ciel ouvert, et dont la seule protection des ardeurs du soleil et
des rares mais violentes averses était une simple toile était tendu au-dessus
du poste. Seul les deux sardiniers affectés récemment aux conserveries
portugaises avaient une cabine aménagée dans la cale, et dont le sommet
dépassait à peine d'un mètre du niveau du pont. Derrière la cabine, deux
petites barques fraîchement peintes étaient calées contre les bords de la
poupe. Au-dessus de la cabine, Mustapha remarqua une plaque ovale en cuivre sur
laquelle était gravée une ancre entourée de deux signes énigmatiques. Il
reconnut les couleurs du drapeau français sur une plaque en bois peint, bien
mise en évidence et solidement clouée sur le toit de la cabine. Le bateau était
en bois, et de nombreux ouvrages métalliques lui conféraient une apparence de
grande solidité.
L'œil avisé du garçon remarqua les deux rangées de lames en
acier cintrées dont étaient cerclé la coque, une véritable armure pour
affronter les coups de boutoirs d'aciers de la mer. Même l'étrave était
protéger par une épaisse pièce métallique munie d'un orifice dans lequel un
anneau d'acier était serti. Le mat principal, d'une hauteur de sept mètres, se
dressait à l'opposé de la cabine, il supportait tout un enchevêtrement de
filins et une voile enroulée, certains de ces cordages rejoignaient un mat plus
petit, installé derrière la cabine.
Mustapha interrompit sa contemplation, une voix étrangère
l'interpellait de son prénom. Il se retourna pour apercevoir venir vers lui,
quatre hommes emmitouflés dans leurs épaisses djellabas de laines écrues. Le
plus petit des quatre lui dit "Bonjour ! Tu es à l'heure, c'est déjà une
bonne chose. " Après avoir toisé du regard le garçon, il ajouta " Le
vieux Lahcen, m'a parler de toi. Vraiment à écouter
le vieux Lahcen, je m'attendais à trouver un nain ?
il éclata de rire, entraînant le fou rire général. Même Mustapha riait de bon
cœur, le coup de la veste avait marché, il sentit que c'était gagné pour
lui.
Driss, le bavard se présenta en premier, puis le prit
par la main et lui présenta le mécanicien "C'est M'Barek,
le roi de la mécanique dans Casablanca, aussi noir que le cambouis dans lequel
il nage, mais au cœur blanc comme ses dents!" Lui, c'est Omar et son
cousin Miloud, deux bons pêcheurs de Mazagan, comme moi. J'espère que l'on va
bien travailler ensemble" Mustapha s'enquit du raïss,
il avait hâte de passer l'épreuve du premier contact avec le "seul maître
à bord". Ces marins n'ont jusqu'à présent pas fait allusion à son âge,
mais en sera-t-il de même avec le "raïss"..
Driss lui apprit que le raïss
serait absent quatre jours, il était parti chercher deux ou trois autres gars.
Mustapha fut à la fois soulagé et agacé par cette nouvelle. M'Barek proposa au groupe d'aller déjeuner, le froid
commençait à se faire sentir, la brume humide et pénétrante de cette aube
printanière venant de la mer commençait à envahir la ville. Driss
leur indiqua un petit café qu'il avait repérer en venant.
C'est ainsi, qu'ils se dirigèrent tous les cinq vers la sortie
du port de pêche, en silence afin de ne pas aspirer l'air trop frais du matin.
Il était cinq heures et demie du matin et la petite ville de Safi commençait à
revivre une autre journée au rythme de la sardine. Quatre jours passèrent avant
le retour du raïss. Mustapha s'était familiariser
avec son nouveau poste de moussaillon. Les quatre marins appréciaient sa
spontanéité, et son courage au labeur. Dés le premier jour, il s'attela au
nettoyage du bateau de la cale jusqu'au pont, seule la cabine ne put être
balayée et nettoyée. Le raïss en avait fermé la
porte.
Dans la cale éclairée uniquement par un filet de lumière passant
par l'écoutille ouverte, et où régnait une légère odeur de bitume mêlée à celle
de la vieille saumure il fut intrigué non seulement par le volume important du
compartiment affecté au poisson, mais aussi par la présence de trois énormes
barils de bois, soigneusement liés au "pied de mat", contre eux
étaient amoncelés des filets recouverts d'une bâche. Mustapha palpa un coin du
filet, il était fait d'un fil solide, certainement du coton. Il remarque qu'il
y avait trois sortes de filets, la taille des mailles était différente. Driss qui descendait dans la cale, un seau d'eau à la main,
remarqua sa curiosité et lui dit " Ça c'est le matériel de pêche que les
Français ont envoyé avec le bateau. Ces tonneaux sont pleins d'œufs de bacalao, la morue, les Portugais raffolent de ce
poisson. Le secret pour remplir de sardines cent cales comme
celle-ci."
Mustapha remercia Dieu de l'avoir fait rencontrer ce marin
bavard. Il réfléchissait déjà sur les moyens de mieux mettre à profit le défaut
de Driss pour lui soutirer de précieuse information.
Il n'oublierait jamais l'enseignement du père Lahcen
et de sa pelote miraculeuse. Après avoir fini de briquer la cale, il remonta
sur le pont M'Barek le mécanicien en riant fit
remarqué à Mustapha qu'il avait de la peinture bleu sur le visage. Driss qui remontait derrière lui lança " Tu as
certainement touché les filets, c'est de la teinture." Étonné Mustapha
regarda songeur ses mains.
Le jour suivant, Mustapha eu l'occasion de montrer aux marins
ses talents de pêcheur. Tôt le matin il partit au pied des falaises au nord de
la ville, sur les rochers martelés par les vagues, muni de sa canne à pêche et
de son panier. Vers neuf heures du matin, il revint sur le bateau tout
essoufflé, son panier plein à craquer. Il avait réussi grâce à la pelote à
prendre quatre gros sars, deux loups et un magnifique marbré. A la vue des
beaux poissons, arqués par leur dernier soubresaut, figeant ainsi toute leur vigueur
et fraîcheur dans la lutte pour la vie, les quatre marins, formant un cercle
sur le pont du bateau, restèrent muets.
Omar et son cousin Miloud prirent la canne, et inspectèrent la
monture. Omar observait le fil, et Miloud tenait un des hameçons entre le pouce
et l'index et l'observait comme s'il s'agissait d'un louis d'or. "Qui t'a
préparé cette ligne ?" Demanda Miloud. Mustapha répondit "Moi. J'ai
vu comment le père Lahcen avait fait. Alors j'ai eu
l'idée de monter un autre hameçon un plus haut, comme cela je peux faire des
doublées. J'ai remarqué que mon fil était assez résistant, et j'ai une bonne
canne. Je ne la laisse jamais au soleil longtemps, et parfois je l'entoure de
vieux journaux trempés pour lui rendre sa souplesse" .
Les quatre compères se regardèrent perplexes silencieusement.
Omar demanda "T'as déjà travailler avec des Espagnols ou des Français
?" Mustapha répondit en riant" Non ! Pourquoi ?" Driss qui d'habitude ne se privait pas de la parole, la
prit enfin "Tu as mis combien de temps pour prendre cette fortune ?"
Mustapha répondit "J'étais sur place à six heures du matin, une heure pour
revenir, heu ça fait combien ?" M'Barek répliqua
" Deux heures !". Tu sais gamin tu iras loin.! Ton poisson vient
juste de sortir de l'eau et il parle pour toi ". Mustapha leva les yeux
vers M'Barek et l'entendit crier, "Omar, nettoie
le poisson, Driss va acheter les légumes et les
épices, Miloud tu feras la cuisine et moi, je m'occupe du thé, de vaisselle, et
de l'ambiance. Aujourd'hui ! Mousse Mustapha est notre raïss".
Driss lui demanda la nature de l'appât qu'il avait
employé. Mustapha tarda avant de répondre "Oh ! Des filets de sardine.
" Il ne voulait pas dévoiler entièrement son secret à Driss,
il était trop bavard. Il s'était permis ce demi-mensonge,
il n'avait fait que perfectionner l'astuce du Père Lahcen.
Pour cela, il avait utilisé un deuxième trident, confectionné exactement comme
l'avait fait le père Lahcen, non sans mal, il l'avait
monté à une vingtaine de centimètres au-dessus du premier hameçon supportant la
pelote. Il y avait accroché un lambeau de chair de sardine.
M'Barek lança à Driss
" Eh ! Je crois que Mustapha t'a fait un superbe cadeau aujourd'hui, tu
vas avoir de quoi parler pendant longtemps". Driss
agacé ne trouvant rien à redire, enleva son bonnet de laine et encore pensif se
gratta la tête. Ces trois compagnons éclatèrent de rire, ils furent rejoint
dans cette hilarité par Mustapha, heureux de se sentir accepté et reconnu et
même par Driss le Bavard. Au fur et à mesure qu'il
riait, le brave M'Barek, riait davantage, de sa voix
rauque. Mustapha se souvint avoir reconnu en lui le jovial tirailleur
sénégalais de la réclame qu'il avait vu dans l'épicerie du vieux Jacob, prés de
la place R'Bat. Le repas délicieux préparé collectivement, tâche où excellent
les hommes éloignés de leur famille, fut pris assis sur une natte déroulée sur
le pont.
La journée s'écoula ainsi sur le pont, à l'abri de la petite
voile que Driss avait déployé en guise de parasol, et
devant une théière intarissable, entre les rires et les conversations, dans un
sentiment de joie partagé. Une image qui restera gravée à jamais parmi les bons
souvenirs de la vie, cette fin de soirée sur un cotre, dans le port de Safi, en
compagnie de nouveaux mais bons amis. Ces gens de la mer étaient simples et
authentiques, comme si le travail sur l'océan les avait forgés sous le même
feu. Les hommes étaient différents, avec leur tempérament, leur qualité, leur
défaut, mais les sentiments humains, au travers de cette communion autour d'un
verre de thé, en parlant de tout et de rien, les liaient comme la fusion lie
l'or au plomb. Là encore, cette alchimie mystérieuse était présente, et
attractive tel l'aimant. Plusieurs fois Mustapha se disait qu'il était temps de
rentrée, mais il s'attardait à chaque fois pour suivre la conversation avec
intérêt et enthousiasme comme l'élève dans sa matière favorite.
Il ne voulait pas perdre une seule bribe, car pour lui
c'était ça l'école, la vie au quotidien, pratique et simple. Il avait besoin de
choses vécues, concrètes, palpables et non de la théorie avec ses supports
rigides qu'étaient l'écriture et la lecture. Peut-être par paresse, par
facilité ou par ses facultés de saisir et de retenir qu'il s'était adapté à
cette transmission du savoir par l'oral. Le meilleur de l'enseignement ne nous
a-t-il pas été transmis oralement par nos ancêtres ? De telles conversations
lui permettaient de d'avoir des notions d'histoire, de géographie, mais surtout
de connaître la vie de la mer, ses plaisirs, ses dangers, ses mystères et ses
légendes. Driss racontait la mésaventure qu'il a
connu avec une jeune fille des environs de Mazagan, qu'il s'était juré
d'épouser, mais les parents en apprenant que le prétendant était un pêcheur se
refusèrent à lui fiancer.
Les peurs du lendemain, et la particularité de ce métier son
ingratitude comme si le marin était condamné à cette malédiction millénaire, la
précarité. A entendre Driss et même ses amis le
travail de la mer était sources parfois de beaucoup de gain, mais c'était
aléatoire, parfois une bonne pêche et après une longue période de vache maigre.
Seul M'Barek se disait satisfait de ce métier, quand
il ne navigue pas il travaille dans son petit atelier de mécanique qu'il
partageait avec son beau-frère, prés de Bâb El Marrakech. Avec l'afflux des
Européens, ils commençaient à avoir une clientèle. Il répare un bicyclette, une
Citroën, un vieux moteur "Abeille" d'une pinasse., tout leur était
bon et les aidait à faire quelques économies. Avec son double métier, M'Barek espérait acheter un autre local plus grand, car avec
l'augmentation du trafic portuaire, les camions devenaient de plus en plus
nombreux, alors il lui faudrait de la place. Il serait rester des heures assis
en plein air, ballotté par les remous de la marée montante, à écouter ces gars
bâtir leur espoir et leur avenir au gré du bon vouloir de la mer. Mustapha
croyait dur comme faire qu'il pourrait un jour, encore une fois, forcé les
choses.
Il était déjà tard, Mustapha devait rejoindre la maison
familiale. En partant M'Barek lui dit que demain il
entreprendrait le nettoyage du moteur, et qu'il aurait besoin de lui. Mustapha,
enthousiasmé par l'idée de découvrir autre chose, promit de venir très tôt. Ils
s'étaient retrouver dés sept heure du matin sur le pont du "Bonitoire". M'Barek s'était
couché à la belle étoile, sous une épaisse toile cirée. Après avoir bu un verre
de thé et mangé un bout de pain arrosé d'une huile d'olive délicieuse, ils
descendirent dans la cale.
Le temps de s'habituer à la pénombre il aperçut Omar, Miloud et Driss allongés sur les filets bleus qu'il avait aperçut le
premier jour, prés des barils. M'Barek s'approcha de
la paillasse, et tira la toile "Eh ! Les gars debout ! Vous avez oublier
que le raïss vient aujourd'hui! Vous le connaissez.
Il a horreur que l'on utilise ses filets pour autres choses que la pêche. Ces
français vont finir par le rendre fou avec leurs idées sur le poisson et la
pêche."
Mustapha avait ouvert les oreilles à ce monologue, il se
devait d'en savoir plus long sur ces Français, là encore il pensa à Driss. M'Barek s'était dirigé au
fond de la cale, en dessous de la cabine, il alluma minutieusement une lampe à
pétrole suspendu à une solive. Mustapha apercevait maintenant un coffre en bois
devant lui, d'ou émergeait un tube en fer de gros diamètre. M'Barek desserra à l'aide d'une pince deux écrous maintenant
un lourd couvercle. Après avoir désolidariser le tuyau du couvercle, il releva
celui et le confia à Mustapha. Celui-ci se cala fortement contre la paroi de la
coque, pendant que le mécanicien se mit à plat ventre pour plonger sa main vers
le fond du petit espace. Mustapha aperçut le moteur. M'Barek
exprima sa satisfaction quand il constat que le petit local était sec. Il
craignait toujours pour cette partie du bateau, non pas qu'elle renfermait son
outil de travail, mais tout simplement qu'il craignait pour sa vie, et celles
de ses amis de labeur.
Il expliqua à Mustapha que les risques de fuite étaient beaucoup
plus grands à cause de l'arbre de l'hélice qui ressortait prés de la ligne de
flottaison. Tout comme l'étanchéité du palier qu'il devait contrôler plusieurs
fois par jour, et qu'il fallait savoir entretenir, et réparé en cas de
problème, il avait pour tâche d'assurer la vie du moteur. Il devait être
capable de le démarrer par n'importe quel moyen et par n'importe quel temps.
C'est l'hiver qu'il connaissait le plus de difficulté pour le faire tourne, à
cause de l'humidité. Le mécanicien parlait au fur et à mesure qu'il dévissait,
essuyait, et revissait des pièces de formes et de tailles différentes. Mais
Mustapha ne s'ennuyait pas, il tentait de synchroniser les paroles du
mécanicien avec les actions et les pièces qu'il manipulait. M'Barek se plaignait de la qualité de l'essence qui était
commercialisé depuis quelque temps. Elle était trop grasse, et encrassait tout
le moteur.
D'après M'Barek ce moteur
"Abeille" que Mustapha nommera "A;B" durant toute sa vie,
était assez puissant pour les eaux marocaines, il faisait prés de trente
chevaux. En Bretagne, où a été construit le bateau, sa faible puissance ne lui
permettait pas n'importe qu'elle pêche. Les
Français de la conserverie, avaient décidé de les envoyer dans les
mers plus calmes du Maroc. M'Barek demanda à Mustapha
de lui passer un pot de graisse. Celui-ci lui rapprocha de la pointe du pied,
tant l'endroit était exigu. M'Barek lui montra son
index imprégnée de graisse "Tu vois petit ! Nous les marocains nous avons
nos marabouts, nos sorcières, nos préparations pour conjurer le mauvais sort,
les Français, eux ils ont la graisse." Après un rire caverneux, il
ajouta" C'est un Marseillais à qui j'ai réparer l'essieu de sa Panhard,
qui m'a dis ça. Vaut mieux prévenir que guérir, rappelles-toi de ça gamin
!". A ce moment là on entendit la voix de Driss
"Eh ! Mustapha monte le Raïss El Mahjoub veut te voir ! "
Pendant un très court instant Mustapha sentit quelque chose au
creux de l'estomac qui lui rappela une nuit agitée en mer.
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Le Raïs El Mahjoub était de la même
trempe que la plupart des raïs que Mustapha croiserait au cours de sa vie. Des
hommes renfermés sur eux-mêmes, comme si leur fonction leur faisait porter le
fardeau de toute la terre, et les obligeaient à ce jeu de rôle que Mustapha
perçut dés son premier contact avec le Raïss. Ces
gens étaient austères mais avaient bons cœurs, comme s'il s'interdisait de
montrer leur vraie émotion. Ils restent de glace, imperturbable dans leur
pensée. C'est l'effet que Mustapha avait eu.
Il n'a à aucun moment laissé percevoir ce que Mustapha craignait
le plus, une réaction à le voir trop jeune pour prétendre être mousse. Le Raïss tout en roulant et déroulant un chapelet autour de
son index, le dévisageait et regardait ses mains et ses joues pleins de
cambouis, et fini par dire "Mustapha ! Tes amis m'ont parlé de toi,
surtout Driss qui m'a dit que tu as déjà naviguer, ce
dont je doute. Mais je crois que tu as envie d'en découdre avec la vie. Si la
mer te laisse cette chance, tu ne va pas chaumer moussaillon". Mustapha
sentit une main s'abattre sur son épaule, mais cette fois c'était celle de M'Barek qui remontait de la cale "Le raïss
a fait un bon choix, c'est le premier qui ne laisse pas la trappe du moteur
m'écraser la main" Quatre jours se sont écoulés depuis que Mustapha est
devenu mousse sur le "Bonitoire". Il
s'était accoutumé à la vie à bord, et tout l'équipage l'avait adopté
facilement. Ils l'avaient facilement intégré parmi eux dans leurs longues
heures de travail. Mustapha se rappela que le premier jour que le "Bonitoire" avait appareillé il a été frappé par la
façon que ces gens de la mer travaillaient, chacun s'appliquait à ses diverses
tâches, sans nulle précipitation comme si chaque action avait été mille et une
fois concertée et répétée.
Le Raïss au grand étonnement du
moussaillon intervenait que très rarement, par un ordre bref en direction de
l'équipage. Il avait remarqué que le raïs jetait constamment un regard vers le
ciel, en direction de la mer et de la côte. Il le surprit entrain d'observer un
vol de deux mouettes effectuant un formidable vol plané, porté par le vent marin.
Ensuite, il vit le raïs prendre dans sa cabine un grand registre noir et y
noter quelque chose. Un quart d'heure après, il lança un appel à M'Barek qui se trouvait dans la cale. Aussitôt, Mustapha
reconnu les lancées vaines du moteur, accompagnées d'un lourd panache de fumée
noire. M'Barek ne réussit à démarrer le moteur qu'au
bout de la troisième reprise, ses jurons parvenaient jusque sur le pont.
Mustapha s'était choisi un coin d'où il pourrait assister aux manœuvres sur le
bateau sans gêner les huit marins.
Assis au creux de l'une des annexes, il entendit le
vrombissement du moteur, aussitôt suivi par un panache de fumée noire. Dés que
le moteur tourna à son régime normal, il perçut le cliquetis du clapet coiffant
le tuyau d'où s'échappait maintenant la fumée plus claire par bouffées
successives. Le marin resté à terre pour détacher l'amarre retenant le bateau
au quai, remonta lestement sur le pont. Le Raïss dans
sa cabine manœuvra la barre, et le bateau s'éloigna très lentement du quai en
décrivant une courbe dans le bassin dégagé des ses embarcations hétéroclites.
Pratiquement tous les pêcheurs avaient déjà quitter le port à bord de leurs
frêles embarcations. Nombreux ceux qui utilisaient les rames jusqu'à leur
sortie du bassin, car malgré les voiles, elles n'avaient pas suffisamment de
vitesse pour contrée la force des vagues et des vents contraires. Certaines
équipes de pêcheurs utilisaient l'une de leurs embarcations motorisées pour
tracter tout un chapelet de barques diminuant ainsi les peines de leurs
collègues.
Mustapha regardait la terre s'éloignait. Il respira profondément
comme s'il changer d'air une fois pour toutes. Il en avait tellement rêvé de ce
jour. Driss était à ses côtés, et bizarrement il ne
disait mot, il en était de même pour les autres marins. Tous semblaient être là
et nulle part, les yeux vitreux, semblant fuir mutuellement le regard de
l'autre. Comme si le charme du départ les avait aussi subjugués ! . Mustapha
sentit à ce moment là une grande solitude, tant l'atmosphère était grave alors
que lui bouillait d'envie d'éclater de joie ce grand jour. Il avait, déjà,
ressenti une fois la même sensation de recueillement, c'était lors d'un
enterrement. Il comprit que ces braves gars faisaient leurs adieux. Chacun
avait une pensée envers une famille, des êtres chers, une maison, une terre. Il
comprendra plus tard, quand il se sera bien imbibé de tout l'esprit qui est
propre à cette communauté de marins, que l'homme devient malgré lui humble
devant l'océan et ses humeurs.
Ce sont les moments forts de ce combat continuel qui soudent
davantage les gens de la mer entre eux. Au bout de quelques minutes, l'ensemble
de l'équipage semblait revenir de cet isolement dans lequel il était plongé. Un
à un, les hommes reprenaient leur activité au rythme des saccades du moteur.
Ils préparaient déjà leur matériel de pêche, certains enroulaient les filins et
les mettaient en place de part et d'autres du pont, d'autres repliaient
soigneusement les filets, après avoir ravaudé quelques mailles. D'autres liaient
les rebords des filets à une corde qui ressemblait à une grosse mèche, sur
laquelle étaient accrochés de petits flotteurs en liège.
Le coltre se dirigeait lentement vers
le large, il partait en ligne droite, allant à l'encontre des vagues. Mustapha
en se retournant regardait le paysage que lui offrait sa ville natale en
miniature. Il vit les quartiers accrochés aux flancs des collines devenir de
plus en plus petits, au fur et à mesure de la progression du bateau, jusqu'à ne
plus être que des vagues tâches claires. Le jeune mousse aperçut son Ksar-El Bahar, il paraissait beaucoup plus redoutable vue
de la mer, avec ses récifs noirs contre lesquels venaient s'écraser les vagues.
A sa gauche, le port ouvrait son anse à la mer, comme pour l'accueillir. Les falaises
claires délimitaient le paysage qui s'offrait à ses yeux.
En se retournant vers la proue, il remarqua le regard amusé des
marins. Ils semblaient l'observer tout en travaillant. Mustapha sauta lestement
sur le pont pour se diriger vers la proue. En passant devant Miloud, celui-ci
lui demanda si tout allait bien. Mustapha à entendre l'un des pêcheurs
d'Essaouira pouffer de rire réalisa pourquoi les marins le scrutaient des yeux.
Ils s'attendaient à le voir souffrir du mal de mer. Mustapha avait déjà fait
ses épreuves avec ce mal sournois. Il avait déjà senti ce malaise, mais sa joie
l'aida à surpasser ce petit problème.. Nullement vexé, il se dirigea d'un pas
leste, vers l'avant du bateau, en dépit des bonds que faisait le bateau quand
il passait sur les vagues. Appuyé sur le bastingage, il regardait le jeu de
l'eau déchirée par l'étrave du bateau, comme la terre sous le soc d'une
charrue. Le sillon éphémère se fondait dans la masse liquide de l'océan. De
temps en temps une vague surgissait, et s'écrasait mollement sur la coque du
bateau. Le moussaillon passait d'un bord à l'autre du bateau, observant l'eau
noire qui défilait sous ses yeux, tentant d'apercevoir un poisson ou toute
autre créature marine. Mais, il ne vit rien. Subitement le moteur se tut.
Le cotre filait en se dandinant vers le large, Mustapha ne
percevait plus que les grincements de la coque en bois, les clapotis des vagues
et quelques cris de mouettes escortant l'embarcation. Le raïss
ordonna à deux hommes de larguer les voiles. Aussitôt deux marins libérèrent
une à une, deux petites voiles. La grande voile ne fut pas déployée. Les voiles
triangulaires en s'abattant tel un lourd rideau, gonflèrent soudainement, avec
un claquement sec. Mustapha senti la prise de vitesse subite du cotre. Driss lui recommanda de ne pas bouger de sa place, car
apparemment le raïs allait tirer de bord c'est à dire qu'il allait manœuvrer le
bateau en faisant des zigzags afin de profiter du vent contraire. Mustapha
hocha de la tête, malgré le bruit des voiles et des vagues sur la coque du
bateau il avait bien entendu les explications de Driss.
Il apercevait les deux marins tendre les voiles à l'aide de poulies et de
filins. Maintenant le Raïss présenta le bateau à un
angle de 45° par rapport à la direction du vent. Le cotre avait pris de la
vitesse maintenant grâce à la mystérieuse manœuvre contre les vents. M'Barek le mécanicien vint prés de lui. Il lui montra
quelques tâches blanches de dessinant à l'horizon, d'après lui il s'agissait
des chaloupes des pêcheurs sortis plus tôt. Dans quelques minutes ils seraient
à leur hauteur. Le raïss maintenait la route vers le
large, tout en se déjouant des vents en faisant décrire à l'embarcation une
série de lacets. Derrière, la côte n'était plus qu'une fine bande difforme et
floue séparant le ciel de la mer, tout avait disparu, le port, la plage, la
ville, seules les falaises claires en rappelait la présence.
Maintenant, il apercevait nettement la multitude de
petites embarcations semblant s'être donné rendez-vous pour ce moussem de la mer. Le bateau passa à une centaine de mètre
d'un groupe de barques. Dans la barque la plus proche, six marins assis deux
par deux ramaient vigoureusement, tandis qu'un autres debout à l'arrière
laissaient mouiller un long filet. Toutes les autres embarcations avoisinantes
semblaient se livrer à la même opération. Ces dizaines et dizaines
d'embarcations venaient dés le petit jour, moissonnés ainsi la sardine. Le raïss sortit de sa cabine après avoir calée la barre en
direction de la haute mer. Il observa longuement l'eau, sans omettre de jeter
de temps en temps un œil vers le ciel, les oiseaux, et l'horizon. Il resta
pensif regardant la nuée de bateaux sur cette portion de la mer. Le cotre se
trouvait à six kilomètres de la terre, et légèrement au sud du port de Safi. Le
raïss laissa pendant quelques minutes le bateau
s'éloigner davantage de cette armada de pêcheurs, et bifurqua ensuite plus au
sud. La mer était très calme et le vent avait tourner, poussant le bateau. Le
raïs ordonna le largage de la grande voile. Dés que la grande voile carrée fut
déployée, le bateau sembla s'envoler sur l'eau.
M'Barek et Mustapha durent s'agripper
aux cordages à causes des secousses. Les autres marins avaient maintenant fini
la préparation du matériel de pêche et se reposaient sur le pont, égrenant le
temps en paroles et rires. Seul Driss et un autre
pêcheur s'affairaient encore. Ils avaient remonter de la cale des baquets en
bois, dans lesquels Mustapha les vit y répartirent un sac de farine. Mustapha
s'était déjà approché de Driss qui les manches
retroussés la délayait avec de l'eau de mer. L'autre marin revint avec un
baquet contenant une épaisse pâte jaunâtre et granuleuse. Driss
lui dit que c'était la rogue, l'appât miracle dont il avait aperçut les barils
dans la cale. Il en déposa une miette dans la main de Mustapha. Celui-ci fut
surpris par la forte odeur de vielle saumure et par la consistance de ces œufs
de poisson. Driss lui dit que ces œufs de morue
devaient être mélangés à de la farine de tourteaux ou du son pour plus
d'efficacité.
Le mousse retroussa lui aussi les manches et mit littéralement
les mains à la pâte en aidant Driss à la préparation
de cette mixture. Le capitaine le voyant faire passa la tête par la porte de la
cabine et cria vers Driss "Eh ! Driss ! Veilles bien à ce que la rogue soit bien homogène
!" Aux bouts de quelques minutes la pâte était prête, elle avait pris avec
la farine de tourteaux une teinte plus claire, et elle était moins poisseuse.
Maintenant le raïss avait fait replier la grande
voile, et continuait à observer la surface de la mer et le ciel. Il aperçut un
groupe de mouettes, au loin piqué vers la surface de l'eau. Lentement, il tira
sur la barre pour se diriger vers l'endroit. Sans un mot, un à un, les hommes
se levèrent pour regarder l'endroit vers lequel le bateau se dirigeait. Miloud
pointait le doigt vers un point dans l'océan. "Elle
est là ! Elle est là !" Les marins furent gagner par une
excitation bien étrange aux yeux du moussaillon. Driss
dit à Mustapha regarde ! Là, à droite. Tu vois cette petite bruine sur l'eau !
Tu vois l'eau n'a pas la même couleur, cette large bande plus sombre, c'est la
route de la sardine. Le bateau se dirigeait lentement et inexorablement vers la
zone repérée sous la poussée d'une brise légère. Le raïss
sortit de sa cabine en souriant. Il semblerait qu'il avait trouvé ce qu'il
était venu chercher.
Il ordonna aux hommes de mettre à l'eau les deux annexes.
Celles-ci furent rapidement descendues à l'eau au moyen de poulies et de
filins. Chaque petite embarcation reçue à son bord trois hommes, les filets et
un baquet rempli de rogue.. Seuls restaient à bord M'Barek,
le raïss, Miloud et le moussaillon. Chaque
embarcation se dirigea vers le banc de poisson mais en s'éloignant l'une de
l'autre. Mustapha vit dans chaque barque les marins faire les mêmes gestes dans
la plus parfaite synchronisation. Deux hommes ramaient lentement, tandis que le
troisième arrimait le filet à l'arrière de la barque. Il commençait à laisser
plonger le filet dans l'eau, égrenant derrière l'embarcation un chapelet de
flotteurs.
Lorsque le filet fut en place, l'homme jeta par poignée l'appât
dans l'eau. Mustapha remarqua que le marin jetait l'appât en veillant bien que
le filet soit toujours entre le poisson et l'endroit visé. Des taches claires
apparurent un instant en surface. Miloud lui dit que cela provenait de la
farine mêlée à la rogue, celle-ci servait à alléger l'appât pour que celui-ci
flotte plus longtemps. Mustapha sourit, car il se rappela le stratagème de la
pelote au sable. C'était le même objectif mais avec des effets inverses. Les
deux hommes debout à l'arrière des barques observaient maintenant les
flotteurs. Un des hommes fit signe au raïss, et
détacha le filet de la barque. Le patron dirigea le coltre
vers le filet.. Arrivée à sa hauteur, l'un des hommes se penchant et lança un
grappin pour se saisir d'une épaisse corde. Les hommes se mirent à tirer pour
hisser le filet. Même le Raïss vint pour aider ses
hommes.
Il avait le sourire, car sa première pêche s'annonçait
bien. Il avait déjà pris dans ces mains une poignée de sardines à la couleur
vif argent, qu'il regarda d'un œil avisé. Mustapha s'étonna de la présence
soudaine d'une multitude de mouettes sorties de nulle part. Elles tournaient
au-dessus du bateau, et quelques une parfois piquaient vers la surface de la
mer pour happer un poisson tombé du filet. A plusieurs reprises il chassa du pont
des oiseaux téméraires qui leur subtiliser le précieux poisson d'entre les
jambes. Une fois le filet entièrement relevé, de coudée en coudée, les marins
commencèrent le tamisage qui consistait à débarrasser le filet de ces fragiles
sardines. Mustapha aida lui aussi à cette opération qui exigeait patience et
habileté. Il ne fallait ni endommager le filet, ni abîmer le poisson car
celui-ci était maillé par les ouïes.
A peine une demi-heure plus tard, le filet fut dégarni de tout
poisson. Les marins commencèrent à trier grossièrement l'amas de sardine avant
de le déverser dans la cale. Cette opération fut répétée une bonne quinzaine de
fois. Les hommes sur les barques plongeant les filets et lançant la rogue et
les marins sur le cotre relevant et engrangeant le poisson dans la cale. Le
rythme du travail était soutenu, sans trêves car il fallait faire vite pour
profiter des vents propices et livrer une bonne marchandise aux conserveries..
C'est au couchant du soleil que le raïss ordonna le
halage des annexes, et mit le cap vers le port.
Les hommes enfin purent s'allonger à même le pont et boire un
verre de thé réconfortant servi par le moussaillon heureux d'avoir participer à
la première pêche du "Bonitoire " et sa
première expérience de marin. Le coltre regagna
lentement le port de Safi, la cale pleine à moitié, laissant le soleil et le
vent derrière eux. Sur le retour, ils dépassèrent des dizaines de chaloupes
pleines à craquer, des hommes retournant victorieux de ce combat avec la mer.
Quand le "Bonitoire " sous le vrombissement
saccadé du petit moteur entra dans le bassin, en se faufilant parmi les
innombrables embarcations, Mustapha, eut l'impression que toute la population
de Safi était venue l'accueillir. Le port était redevenu le centre de l'activité
de la petite ville comme tous les soirs au retour des hommes de la mer. Avec
eux, ces marins pêcheurs apportaient la prospérité et l'assurance d'un jour
meilleur.