1957 Mareyeur - EXPORTATEUR - INDUSTRIEL

En 1957, Mustapha profitant de la libération de Nord du Maroc par
l'occupant espagnol, et encouragé par le négociant juif car celui ci avait un
marché en Algérie il se lança dans l'exportation.
Mustapha avait bien étudier le projet. Et finalement en pensant
"puisque l'argent n'est pas là, allons le chercher ailleurs ", il se
décida à sa réalisation. A cet époque il n'y avait pas de concurrence, il y avait
les sociétés "Comabeach ", "Timimlo " et "Addiri
" et quelques armateurs français à Agadir, c'est tout. C'était pour lui un
projet à risques, car ici il n'a pas ce rapport direct avec la mer et ses
braves gens loyaux, mais avec des hommes, instruits mais sans scrupules en
affaires.
Ses premières tentatives n'ont pas été des succès, car il ne
connaissait rien à ce milieu rempli de transitaires, d'intermédiaires, de
paperasses administratives, de commissionnaires, et de banquiers. Pour ses
premières exportations effectuées par camion, il fit appel à une société
intermédiaire, Mustapha fournissait le poisson et celle-ci était chargée de le
commercialiser. Au bout de quelques opérations, les rapports entre lui et cette
société n'étaient plus sains, en effet il a découvert que sur le marché
algérien, son poisson était vendu au quintuple du prix d'achat alors que son
intermédiaire se plaignait toujours de méventes ou de cours trop bas
Cela se résumait pour lui en de lourdes pertes à chaque
expédition. Pour palier à ce fait, la seule solution était de se débarrasser
des intermédiaires pour mieux contrôler son négoce. Il ne devait se fier à
personne, surtout depuis le jour où grâce au facteur qui desservait son bureau,
il découvrit que son intermédiaire juif du nom de David Daraz, plus connu sous
le surnom de "douida " recevait en son nom une partie du règlement
des factures. Ce jour-là il donna un gros pourboire au facteur, qui ne se tarit
pas en remerciement et éloges. Sa futur société verra le jour grâce à cette
leçon dont la valeur n'a rien de comparable avec le pourboire du facteur. La
société s'appellera "MUSTAPHA BEN MOKHTAR " en hommage à son père. Ce
père qui comme tous les pères ne voulait qu'une chose que son fils réussisse
dans la vie.
Depuis lors, sa société lui fera atteindre des objectifs jamais
imaginés auparavant, car l'ascension a été fulgurante. Il devint ainsi, l'un
des tous premiers mareyeurs exportateurs marocains du Maroc. Son premier marché
fut
C'est ainsi, que le Maroc commença à recevoir les premiers négociants
en poissons pour ne pas dire négociateurs. Ces Européens connaissaient depuis
des décennies l'extraordinaire potentiel halieutique marocain, aussi bien dans
sa diversité que dans son abondance. Mustapha Ben Mokhtar su répondre à leur
demande aussi bien en qualité, qu'en quantité et avec une régularité d'un homme
maîtrisant son métier. Il s'installa au port de pêche dans une stalle de
Très tôt, vers trois ou quatre heures du matin, il se rendait à la
halle aux poissons afin d'acquérir le poisson débarqué quelques heures
auparavant. Le fait d'avoir fréquenté dés sa plus jeune enfance le milieu
portuaire lui a rendu énormément service lors des criées. Il lui suffisait d'un
seul regard vers le lot de poisson mis en vente pour savoir s'il se trouvait
devant une bonne affaire ou pas. Il avait appris à estimer la contenance des
différentes caisses dont les préposés de la halle au poisson contrôlaient la
vente. Cet homme qui dans son enfance avait écourté son enseignement scolaire
se permet, d'un rapide calcul mental, de connaître le prix de revient du kilo,
et ce pour chaque espèce de poisson et pour chaque calibre.
Un conseil qu'il aime encore de nos jours répéter à son entourage
est celui-ci " Le gain se fait à l'achat ". Nombreux sont ceux qui
pensaient voir fructifier leur argent et qui se sont lancer dans la profession
de mareyeurs comme d'autres ouvrent une épicerie et qui malheureusement n'ont
pas connu la même "chance " que celle de Mustapha BOUZARGTOUN. Ces
arrivistes ont cru que leur argent serait leur principal outil de travail, ils
ont dédaigner l'apprentissage le plus élémentaire à savoir la mer. Sans aucun
système organisé de gestion, si ce n'est un flair, une mémoire et une facilité
d'improvisation il effectuait au même instant plusieurs transactions énormes de
poissons dans des ports différents. Les deux télex et les trois lignes de
téléphone étaient constamment occupées.
Il ne faut pas oublier l'handicap majeur de ce nouvel "homme
d'affaires ", c'est son analphabétisme. Aujourd'hui, il n'est pas évident
pour un jeune diplômé sortant d'une quelconque haute école de gestion de
réussir cette fulgurante ascension. Certes, à l'époque le créneau était libre,
le marché encore vierge et les concurrents rares. Mais en ce temps là, les
banques n'offraient pas les mêmes services qu'aujourd'hui. Les organismes
chargés de l'assistance aux entrepreneurs et aux jeunes promoteurs n'existaient
pas. Il y avait le problème du transport, des routes impraticables, aucun parc
de camions isothermes ou réfrigérés, le problème des communications. De l'autre
côté des pêcheurs qui devaient revoir leurs méthodes de pêche et pour cela être
formé pour offrir des produits commercialisables.
Celui qui voulait réussir dans ce type d'activité devait être un vrai
homme-orchestre, et surtout ne pas commettre de fausse notes. C'est ainsi que
Mustapha BOUZARGTOUN remplissait dans la même journée de travail plusieurs
fonctions afin de répondre au mieux aux exigences de sa clientèle. Une fois
qu'il a assurer ses approvisionnements en poisson, il dirigeait l'équipe
chargée de la préparation des commandes et du conditionnement dans ses stalles
attenantes aux halles aux poissons.
Le conditionnement du poisson frais est tout un art. En effet, le fait
d'acquérir un poisson de qualité est une chose, préserver cette qualité
jusqu'au consommateur final est le savoir-faire du vrai mareyeur professionnel.
Beaucoup pense que le conditionnement est uniquement un problème d'emballage.
Pour BOUZARGTOUN Mustapha, c'est avant tout offrir à son poisson de bonnes
conditions pour qu'il puisse garder sa fraîcheur initiale le plus longtemps
possible. Mais cela commence dés l'instant où le poisson est pêché. Le rôle du
pêcheur est primordial dans cette chaîne. Ce sont les premiers soins donnés par
ce pêcheur qui conditionnent la qualité. Comme il aime à le rappeler " Se
falta qué el pescao muerre en la caja ", ce qui veut dire " le
poisson doit mourir dans la caisse servant à son expédition. De la première
prise en main du poisson par le pêcheur jusqu'à son acheminement vers
l'aéroport, Mustapha veillait à la qualité. Combien de fois, il a hurlé pour un
manque de glaçage, pour un carton mal scellé, pour la lenteur d'une opération
ou tout simplement quand il voyait un ouvrier "brutaliser " son
poisson. Cette profession est un métier d'enragé, car il faut lutter contre le
temps et contre l'imperfection.
Pour expédier les quantités de poissons qu'il arrivait à regrouper des
différents ports, Mustapha fit appel au service des compagnies de transports
aériens, les premiers à l'époque étant AIR FRANCE et ROYAL AIR MAROC. Ces
transporteurs et Mustapha tombèrent sur un problème de taille, celui des
écoulements de l'eau de fusion de la glace préservant le poisson, et ce malgré
les mesures de protections prises, à savoir doublage avec des sacs plastiques
fermés hermétiquement. Pour des raisons de sécurité, Mustapha dû revoir
l'emballage utilisé qui n'était à l'époque que du carton paraffiné. Il se
débrouilla pour faire venir d'Allemagne du " STYROPOR ",de la matière
première servant pour la confection de polystyrène, et parallèlement il fit
construire un moule artisanale pour la fabrication de caisses en polystyrène
expansé. C'est ainsi qu'avec de la simple vapeur, et une presse il commença à
fabriquer des caisses isothermes plus étanches et plus pratiques que le carton.
Mais la cadence de fabrication était trop lente car en une journée il
obtenait à peine soixante caisses. Entre-temps la " Société Chérifienne
des Engrais " à Aïn Sebaa introduisit cette technologie et commença la
fabrication de caisses isothermes et Mustapha devint l'un de ses plus gros
clients. En effet, le succès de ses produits de mer en Europe lui fit exporter
des quantités atteignant plus de dix tonnes par jour, soit plus de 1500 caisses
employées quotidiennement.
Devant faire face aux demandes massives de la part des Français,
des Suisses, des Allemands en homard et langouste, il tomba devant un autre
problème. Celui de la conservation de ces crustacées jusqu'au moment de
l'expédition, comme tout le monde sait, ces crustacées doivent être expédiées
vivants afin de préserver leur fraîcheur. Il devait réduire le taux de
mortalité de ces fragiles créatures. La construction de viviers dans une autre
stalle voisine fut entreprise et la connaissance des mœurs de ces crustacées
lui facilita la chose. Le Homard fait preuve parfois de cannibalisme, il
n'hésite pas à consommer ses congénères s'il décèle chez eux un signe de
faiblesse. Cet
animal est doté de deux énormes pinces dont chacune à une fonction
précise, une pour broyer, une autre pour couper. La première des choses
consistait à ligaturer les redoutables pinces, à séparer les créatures les plus
faibles dans un autre vivier. Une technique qu'il se refusait à pratiquer était
la section des tendons commandant les pinces, il n'acceptait pas de mutiler
ainsi les homards. Mais ce n'était pas tout, ces bestioles à pinces ont besoins
d'une eau riche en oxygène ,les viviers étant rempli d'eau de mer propre
qu'il fallait constamment maintenir "aérée et à la bonne température"
La solution de Mustapha BOUZARGTOUN était d'utiliser le phénomène de
condensation de l'eau sur une surface froide placée au-dessus des viviers. Pour
cela il a fait installer un système de tuyauteries, provenant du bassin du port
jusqu'aux viviers, ces canalisations à marée basse fournissaient ainsi de l'air
chaud chargé d'humidité. Cet air chaud montait naturellement vers une plaque en
acier inoxydable placée sur chaque vivier, l'humidité contenu dans cet air se
condensait sur ces plaques et par intermittence les gouttelettes ainsi formées
tombaient comme une pluie dans l'eau des viviers, aidant ainsi un petit
compresseur à air à brasser l'eau . .Il constata que la mortalité avait
nettement diminuée et sur place et à la réception, car encore une fois, les
clients étaient satisfaits. Cela lui permit pendant des années de faire
d'important profits, surtout en période des fêtes de l'an en Europe.
Une autre découverte est l'exploitation d'un crustacé connu sous
le nom de "pouce-pied" ou pescebes. Ce petit animal, de la taille d'un
doigt d'homme, ressemble étrangement à un pied de biche, d'où parfois cette
autre dénomination, il vit sur les côtes marocaines, au pied des falaises et
sur les récifs Il fut le premier à l'exporter en grandes quantités vers
l'Espagne et le Portugal, tous deux pays grands consommateurs de fruits de mer.
Le pied de biche est reconnu pour ses qualités gustatives et sa chair est très
estimée. Son unique problème est sa conservation à l'état frais, c'est ainsi
qu'après plusieurs essais Mustapha BOUZARGTOUN à trouver la parade à ce
problème entravant une bonne commercialisation. Le pied de biche ne supportait
pas d'être recouvert de glace directement, son corps tel un tube absorbait
l'eau de fusion rendant sa chair fade et augmentant le taux de mortalité à
cause du froid.
Durant des décennies il inonda les marchés de
Mustapha a brassé des sommes colossales pour l'époque. Il ne lui était
pas rare d'acheter dans la même journée plus de 700 000, 00 Dirhams de
poissons, prenant ainsi des risques énormes. Mais les retombées commerciales
étaient réelles et méritées. Mustapha BOUZARGTOUN, ne ratait aucune occasion
pour promouvoir ses produits. Toujours disposé à participer aux foires et salons aussi bien nationaux qu'étrangers.
Il prend un réel plaisir à vanter et faire connaître le poisson marocain auprès
des visiteurs et clients étrangers, en leur racontant une anecdote, un souvenir
de pêche.
Il convient de faire le constat suivant : ses actes, ses discours et
ses ambitions semblaient être calquer sur l'évolution et les aspirations de son
pays. Les faits et les dates le prouvent. Dés qu'il sentit la faiblesse de
l'administration française en 1947, il la mit devant le fait accompli à savoir
donner aux marocains les mêmes chances de travail que les Français, il obtint
sa licence de patron-pêcheur.
En 1956, dés que l'Espagne abrogea son protectorat sur les régions du
Nord du Maroc, il ouvrit la route de la sardine vers l'Algérie, ce ne fut pas
ans mal. En effet, les particularités administratives des régions du nord était
dans le vrai sens du mot un parcourt du combattant. Ils fallait affronter les
tracasseries douanières, les barrages militaires, les problèmes mécaniques d'un
vieux camion et de mauvaises routes. Sans oublier la course contre le temps
afin que les cargaisons de poissons arrivent dans les meilleures conditions.
Dés 1960, et à cause des évènements en Algérie rendant tout
négoce impossible à cause des restriction de circulation pour lutter contre le
trafic d'armes, il renforça ses affaires avec les Français, ceci avait besoin
de satisfaire un marché en plein essor. La prospérité de la France en ces
année, fit qu'avec l'arrivée en nombre d'immigrées Italiens, Espagnols,
Portugais, et PIED-NOIRS la consommation des produit de la mer connue une
ascension remarquable.
Pour répondre à ce nouveau créneau, il installa une stalle dans
le port de la ville d'Ifni tout juste reconquise à l'Espagne.
En 1975, il était déjà présent sur la côte saharienne à El
Layoun, il avait acheté un local, un ancien dépôt d'une société de Casablanca
et y installa une fabrique de glace pour fournir les pêcheurs qui
l'approvisionnait. il s'était également installé à Boujdour, Tan-Tan,
Tarfaya. Il ira de succès en succès aussi bien à l'échelle national
qu'international, son activité lui fera drainer des devises, ouvrir d'autres
marchés, il offrira au monde entier par l'intermédiaire de ses agences
portuaires toute la richesse de la mer marocaine. Grâce à ses efforts, il
emploiera des centaines de personnes, directement ou indirectement, sur tout le
littoral marocain. L'œuvre est importante, mais elle n'a été rendue possible
que grâce à ses facultés d'adaptation, sa vivacité d'esprit, et surtout grâce
au sacrifice de ses proches qui par la force des choses ont été dans
l'obligation de se priver souvent de sa présence dans la maison familiale, pour
lui laisser davantage de temps à son travail, à ses découvertes, à ses réflexions.
INDUSTRIEL-ECOLOGIQUE
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En 1981, il sera encore une fois au rendez-vous de l'histoire, et
encore une fois il prouvera que ses aspirations sont ceux de son pays. La même
année vit la naissance du Ministère des Pêches Maritimes et l'inauguration des
"Frigorifiques BOUZARGTOUN S.A. " par Monsieur SMILI, le premier
ministre des pêches du Maroc.
Afin de répondre aux demandes de ses clients et aux impératifs
socio-économiques du pays, il se lança dés 1979, dans l'étude de faisabilité de
son projet. A cet égard, il convient de citer deux personnes qui l'ont épaulés
dans la réalisation de ce rêve, il s'agit de feu CHOUKRI Bouzid, son beau-frère
et de Feu Mohamed LAGHZAOUI, respectivement des hommes de chiffres et de
lettres, comme il aimait les qualifiés de leur vivants.
Ensemble, ils négocieront l'octroi d'un prêt de la B.N.D.E que
Mustapha honorera les années suivantes jusqu'au dernier centime. Ils firent
appellent aux meilleures sociétés françaises de l'époque, pour la réalisation
de leur projet. La construction d'un entrepôt frigorifique sur un terrain de
prés de deux hectares et demi, dans la banlieue de Casablanca, à mi-chemin de
l'aéroport de Nouasser et du port de pêche, leur prit un an. Mais Mustapha fut
ponctuel encore une fois, afin d'honorer cette grande date dans l'histoire
maritime du Maroc. Cette usine ainsi construite était un outil idéal pour la
promotion des produits de mer marocains. En effet, tout à été prévu pour
répondre conformément aux nouvelles attentes des clients étrangers.
Mustapha avait, depuis plusieurs années déjà, enregistré les demandes
constantes de produits congelés, il arrivait à satisfaire certaines en
utilisant les service de la Régie Autonome des Frigorifiques de Casablanca, qui
disposait de tunnels de congélations et de chambres de stockage. Ce qui lui a
permit dés 1976 d'effectuer la première exportation de poulpe congelé à terre
vers le Japon au départ de Casablanca. Il utilisait les mêmes installations
publiques pour la congélation d'un produit de tout autre nature, loin du
domaine de la mer dans lequel était plongé Mustapha depuis des années. En
effet, il reçut un jour la visite de techniciens japonais venus au Maroc pour
découvrir les produits marocains susceptibles d'être introduits sur leur
marché, dont les produits de la mer.
Après un entretien dans ses bureaux au port, Mustapha BOUZARGTOUN et
les Japonais s'étaient mis d'accord pour faire venir du Japon une autre équipe
de techniciens, mais spécialisés dans l'agronomie. Il reçu à ses frais les
techniciens et se lança avec eux dans la prospection d'un champignon hors du
commun. Ce champignon ne pousse que dans le Rif, dans la région de Kétama. Le
" Tricholoma Caligatum ", est très apprécié des Japonais pour ses
vertus aphrodisiaques et médicinales. Au Maroc, personne ne soupçonnait son
existence. Ces ingénieurs et Mustapha BOUZARGTOUN avaient décider d'exploiter
ensemble ce champignon et le commercialiser vers le Japon, à l'état frais. Mais
pour cela, il fallait former les équipes chargées de la récolte en leur
apprenant toutes les précautions et manipulations nécessaires pour préserver la
qualité initiale du produit. Mustapha BOUZARGTOUN se chargea de la logistique
et de la main-d'œuvre, les Japonais de la formation.
Ce partenariat connu un grand succès, et ainsi procura à l'économie
nationale une autre source de rentrée de devises, tout en procurant à la région
de Kétama une source de profit pour sa population et pour les communes rurales.
Le champignon était ramassé, conditionné et expédié par avion de Casablanca.
Par la suite, et vu l'intérêt pour le produit de la part des japonais, Mustapha
afin d'expédier un grand tonnage, décida de congeler et d'expédier par
conteneurs ce précieux produit. Après plusieurs expéditions très rentables,
puisque Mustapha avait réduit de prés de 50 % les frais de transport, et de
prés de 30 % les pertes en poids dû à la déshydratation. Un jour, il se dit
qu'il pourrait y avoir au Maroc d'autres variétés de champignons pouvant
intéresser un autre pays. Il ne tarda pas à expédier le cep, la morille, la
girolle, vers l'Italie, la France et la Suisse. Il fit d'importantes
expéditions de champignons à l'état frais, congelé, et sec. Il réussit même à
vendre de la truffe en conserves au Canada.
Mais pour faire face aux demandes de plus en plus importantes de ces
clients étrangers et locaux, et par souci d'autonomie et d'efficacité, il
préféra construire ses propres installations de froid. La capacité de stockage
de cette nouvelle unité de Bouskoura était de trois chambres négatives de 200 T
chacune, et avec des tunnels de congélation d'une capacité totale de 32 T par
jour. C'était à l'époque la plus grande installation frigorifique privée du
Maroc. Dans l'enceinte de cette usine, il construisit une unité de fabrication
de d'emballage en polystyrène expansé. Il fit venir deux automates EIRLENBACH
de conception allemande et d'une capacité de production journalière de 3 000
Caisses. Prévoyant pour le futur et pour le Maroc, il fit venir des moules lui
permettant de fabriquer également des panneaux servant à l'isolation des
chambres froides, ainsi que d'autres moules lui offrant la possibilité de
fabriquer différentes tailles de caisses à poisson. Car ces mêmes caisses lui
serviront à envoyer par camion au Sahara la glace nécessaire aux pêcheurs.
L'emballage servant à la glace revenait avec du poisson et de la glace. Les
pêcheurs certifiaient que ces contenants conservaient la glace à l'état solide
durant plus d'une semaine.
Afin de recycler les déchets de la fabrication des caisses
polystyrènes, il pensa exécuter un moule à vapeur lui permettant de presser la
matière obtenu du broyage des caisses rebutés ou ayant déjà servies avec une
infime portion de matière " STYROPOR " vierge. Ainsi, à peu de frais
il fabriqua dans ce moule des blocs de
Cette même usine possède une fabrique de glace en barre de 25
kilos, pouvant produire 25 T par jour de glace hydrique de bonne qualité. Plus
tard pour doubler sa production de glace, il copia et réalisa la même
installation avec la même capacité de production sans faire appel à une société
étrangère, le tout avec du matériel local, et un équipement froid récupéré.
Encore une fois qu'importe le moyen, c'est le résultat qui compte.
Il construisit même une petite conserverie de thon, et là encore il
avait récupérer une ligne de fabrication d'une usine ayant périclité. Dés les
premières boites produites et déguster par l'entourage et les amis, il lança sa
propre marque " MAESTRO " qui connut un succès retentissant à tel
point que le boites fabriqués à Casablanca concurrençaient ceux du marché noir
dans le Nord. Il a même vu des gens descendant de Tanger, de Nador faire la
queue toute la journée devant les portes de l'usine pour acheter ses conserves.
Alors que l'idée qu'il avait au départ était de récupérer la chaleur perdue
lors de la fabrication de polystyrène. La chaudière produisant 2 tonnes de
vapeur/heure était largement suffisante pour les autoclaves de la conserverie.
Pour réussir, il n'a pas de secret, pour lui il faut oser, mais être le
meilleur.
Pour la production des conserves il avait fait appel, à l'un des
meilleurs "maestro" terme employé dans les conserverie pour désigner
le responsable de la cuisson- et qui avait travaillé plus de quarante ans avec
les Espagnols et les Portugais dans les conserveries de Aïn Sebâa. .
Toujours innovateur, et audacieux, à l'occasion de l'édition du Sea-Mer
92, et voulant sortir des chemins battus il prépare une gamme d'une trentaine
de produits dont les beignets de crevettes, les beignets de calamars, les nems,
les pizzas, les saucisses à base de poisson, les filets de poissons, à divers
autres produits élaborés. Après le succès encore une fois de ces produits, il
s'attaque aux grandes surfaces, là encore le succès. Il reçu des offres de
représentations pour la gamme de ses produits " MAESTRO ", il croula
sous les fax commandant d'énormes quantités. Mais il n'y donna suite, pour la
simple raison que de l'artisanat à l'industrie le fossé est grand.
L'investissement était lourd et le marché encore précaire.
En 1988, il construisit en association DIPROMER à El Layoun, une
unité moderne de congélation, destinée à l'exportation et la distribution
locale du poisson. Mais il dû se résoudre à la céder, car il préférait avant
tout son indépendance. Mais un an après il entreprend la construction d'une
autre unité de congélation mais à Dakhla. Cette usine sera construite selon sa
conception, sans aucun crédit et sans faire appel à de société spécialisée dans
le froid. Tous les matériaux de construction sauf le sable étaient expédiés de Casablanca.
Son seul outil le téléphone et une équipe d'ouvriers envoyés de Casablanca. Six
mois après l'usine était inauguré en grande pompe par le Pacha de Dakhla. Dans
la même année, il signa le premier contrat avec une société japonaise pour
l'approvisionner en poulpe. Cette initiative privée sera le fer de lance de
l'épanouissement de Dakhla et de sa région. En effet, il donna l'exemple à des
dizaines de promoteurs.
Aujourd'hui (2001) Dakhla compte plus de soixante unités de congélation
et le poulpe fait vivre des dizaines de milliers de personnes. Avec des moyens
très rustiques, il permit aux pêcheurs de poulpes de multiplier leurs prises,
tout en économisant leurs efforts. Il fut le premier à utiliser des bidons
de cinq litres en plastique ayant contenu de l'huile végétale, en exploitant
les mœurs du poulpe. Le poulpe ou pieuvre est un animal doté d'une intelligence
peu commune, il vit dans les roches afin d'y trouver nourriture et
sécurité.
En ordonnant à ses équipes de pêcheurs de déposer les filières de
poulpiers composées de grappes de bidons, il leur a donné le moyen de faire
fortune en accroissant leur productivité tout en réduisant leurs charges et
leurs temps de travail. Il suffit aux pêcheurs de déposer ces pièges sur les
sites de pêche, de les repérer à l'aide d'une bouée et de laisser faire la
nature. Le lendemain il suffit de tirer les grappes de poulpiers et d'en vider
le contenu en attrapant les poulpes vivants. Il n'a fait qu'exploiter la
timidité de cet animal, qui pour se nourrir, se reproduire aime le noir et les
endroits offrant protection comme les interstices dans les rochers, les épaves.
Par la suite il lança à partir de Casablanca une production à l'échelle
industrielle de ces " poulpiers ", en plastique noir de recyclage. Il
noya les côtes du Sud et du Sahara de ces pièges. Il suffit de faire un tour à
Dakhla, vous serez étonné par le nombre de boutiques, de drogueries, proposant
à la vente ces pièges.
Ce qu'il faut savoir aussi, c'est que le plus important marché
extérieur pour le poulpe est le Japon. Pour les Japonais un poulpe de très
bonne qualité est un poulpe sain et intact, n'ayant ni traces de blessures, ni
membres arrachés, ni odeur chimique (fuel, essence). Tout poulpe mutilé est
déclassé, par conséquent perd de sa valeur, jusqu'à l'ordre de 60 %. Le fait
d'utiliser les poulpiers est par conséquent bénéfique pour l'économie
nationale, car il permet une plus value sur la qualité sans débourser un
centime au niveau de la production. Là encore, il a démontré que l'homme n'est
pas obligé de recourir à des techniques ou des technologies coûteuses, pour
réussir. L'homme peut s'inspirer de la technologie, il peut s'adapter ou
adapter son outil de travail sans forcément investir lourdement, pour cela il
lui suffit d'observer, de connaître la nature et de la respecter. Voulant
montrer la voie, il fut l'un des premiers à s'équiper de groupes de froid
fonctionnant au R502 exempts de ces gaz nocifs pour l'environnement. Par la suite,
il créa une société pour l'importation, le conditionnement et la distribution
de nouveaux réfrigérants en association avec une grosse société portugaise.
Après plusieurs opérations d'importations de containers entiers, il dut avec
ses associés se résigner. Car l'introduction clandestine de réfrigérants,
notamment d'origine indienne ainsi que le peu d'implication de la part des
autres industriels du froid, ne lui permit de poursuivre ce projet.
Comme tant d'autres ayant la force et la volonté de changer le cours
des choses , il sera confronté à ce "je m'en-foutisme ", qui
s'apparente pour lui, à la politique de l'autruche. Les professionnels ne
doivent pas être motivés que par le profit immédiat.
LE MILITANT
Durant sa carrière bien remplie, Mustapha BOUZARGTOUN, à été témoin de
cette rapide métamorphose de la pêche au Maroc. Depuis les années 30 jusqu'à ce
jour la mer marocaine n'a eu pour tout repos que les années noires de la
guerre. Ce qui était mauvais pour l'homme profita à la mer. Mais depuis les
années
Mustapha estime que les Marocains oublient leur passé, les périodes où
ils n'avaient pas le droit de regard ni sur leur terre, ni sur leur mer. .
Aujourd'hui, ce paysan de la mer est le petit pêcheur artisanal, qui munit de
sa petite barque à deux sous, et de ses engins rudimentaires de pêche arpente à
longueur de journée la côte. Ce pauvre pêcheur va faire travailler trois gars avec
lui, pour l'aider dans sa tâche. Sa petite barque à un faible rayon d'action,
en raison de son petit moteur consommant relativement beaucoup. Par conséquent
ces quatre pêcheurs vont exploité une infime portion de la côte. Dire que cette
équipe menace l'activité de la flotte hauturière revient à dire, que le petit
paysan exploitant son " khedam " de terre, menace l'exportation de
vin de table ou d'huile d'olive de la multinationale.
C'est dans ce but, qu'il créa très tôt des associations
professionnelles chargées de défendre les métiers de la mer. Il avait deviné
qu'un jour où l'autre, le Maroc serait amené à engager une politique plus
interventionniste dans le domaine de la pêche. Il le voyait bien qu'un jour où
l'autre le Ministère des Pêches prendrait des mesures pour éviter le pire qui
peu arriver à un pays.
Il avait prévu les échecs des projets visant le développement de la
consommation du poisson à l'intérieur du pays. Il a alerté l'opinion public
contre la dégradation du milieu marin par l'homme. Mais il se rappelle surtout
qu'il a fait son possible pour mettre en garde les professionnels, les pouvoirs
publics, les médias contre tous ces problèmes qui aujourd'hui suscitent des
polémiques, mais qui demain seront autant de crises qu'il faudra gérer. Pour
Mustapha qui a été l'un des instigateurs du poulpier dans les sud du Sahara, et
qui avoue que cette technique de pêche était utilisée très tôt dans
l'Antiquité, il a vulgarisé cette méthode car c'était l'outil idéal pour
l'exploitation du poulpe du point de vue environnemental et
socio-économique.
En 1989, il n'y avait rien à Dakhla. La côte était déserte, elle ne
comptait que quelques pêcheurs travaillant sur le poisson destiné à l'export
mais à l'état frais, du poisson noble de qualité mais dont l'acheminement par
route jusqu'à Agadir ou Casablanca était dur et long. Seuls quelques espagnols
et quelques solides mareyeurs nationaux bien équipées en camions réfrigérés
s'approvisionnaient de ces régions
Il fallait créer des emplois pour les Marocains des provinces de
Oued Edahab, selon les directives royales de Feu Sa Majesté Le roi Hassan II,
que Dieu le bénisse, il fallait doter le Sahara d'infrastructures sociales,
industrielles et commerciales. Il estime n'avoir fait que répondre en tant que
fidèle serviteur du Trône Alaouite, en tant qu'industriel et en tant
qu'écologique convaincu à cette aspiration légitime. En tant que sujet marocain
il pense n'avoir fait que suivre son destin en ayant toujours confiance en ces
trois guides DIEU, LE ROI, et lui puisque du PEUPLE. Il se surprend de
constater qu'effectivement son histoire est celle de son pays, comme il se
surprend que là où le Maroc posait le pied, il y était aussi.
Il se rappelle la fois, où en voyage d'affaires et accompagné par son
épouse, il débarqua à Tokyo pour répondre à une invitation de la part de la
société OTSU KA, à qui il fournissait le fameux champignon. Il fut surpris, lui
et son épouse, alors qu'ils étaient carrément plongés dans un autre monde, au
milieu des hôtesses revêtues de leur traditionnel kimono, d'entendre joué
l'hymne national marocain en voyant le drapeau rouge et vert se lever. Il se
rappelle qu'il en avait pleuré d'émotion face à ce symbole de la reconnaissance
exprimée des Japonais. Il se rappelle avoir fermé un court instant les yeux en
pensant que toute la nation marocaine était à ses côtés.
En tant qu'écologique convaincu, il pense qu'outre le respect de
l'environnement marin pour la pêche du poulpe, le poulpier qu'il a fait
confectionner avec du plastique recyclée provenant de ces plastiques noires des
décharges lui a permit indirectement, inconsciemment, et gratuitement de
débarrasser ces déchets des décharges publiques de Casablanca et de sa
banlieue, en procurant du travail à bons nombres de braves gens. Ces derniers,
à leur tour, faisaient travailler une entreprise de plastique.
En tant que partisan du développement durable, Mustapha BOUZARGTOUN
s'est mis à la place de ce pauvre gars, le pêcheur coupé de tout et qui doit
gagner dans la journée de quoi vivre et faire vivre sa famille. La solution du
poulpier correspondait à cette nécessité. C'est un peu comme tendre une gourde
d'eau à un assoiffé dans le désert. En lui offrant ce poulpier qui n'a même pas
coûter 10 dirhams, et lui permettant de pêcher 2 à 4 kilos de poulpe, Mustapha
BOUZARGTOUN lui permet de réaliser un revenu de l'ordre de 20 à 40 dirhams par
jour, alors deux , trois poulpiers c'est pas grand chose, mais c'est parfois
utile. Par conséquent, il était légitime qu'il défende, et vulgarise l'utilisation
du poulpier, car en fin de compte des dizaines de milliers de poulpiers peuvent
faire vivre une population comme celle d'Agadir.
Les poulpiers sont depuis longtemps accusés par leurs détracteurs,
comme nuisant au renouvellement du poulpe, et susceptibles de capturer des
juvéniles. Des études scientifiques récentes démontrent le contraire à ces
accusations. Les chercheurs ont constaté que les poulpiers permettaient de
prendre de plus gros calibre, le plus petit des poulpes est chassé par le plus
gros. D'autres part, ces mêmes scientifiques ont démontré que la femelle du
poulpe meurt une fois qu'elle a pondu ses œufs, par conséquent autant la pêché.
Mustapha estime que le poulpe est si intelligent qu'il trouvera n'importe
comment, une parade, et aux poulpiers et aux filets.
Et c'est vrai, récemment les chercheurs ont découvert que le poulpe sur
la côte marocaine, mauritanienne et sénégalaise creusait des terriers profonds
dans le sable et les fonds meubles. Ce phénomène n'a jamais été observé
auparavant par la communauté scientifiques. En souriant, il ironise en pensant
"qui sait ? si aujourd'hui on admet les chalutiers laboureurs dans cinq
ans on verra des tracto-pelles creusés les côtes marocaines à la recherche du
poulpe " Les fanatiques de la pêche hauturière en mal de surexploitation
des eaux devraient savoir que les poulpiers sont plongés dans des endroits
impraticables à leur bateaux. Les répercussions sur la faune et la flore de
l'utilisation du poulpier ne provient pas du poulpier en lui-même mais plutôt
du pêcheur qui doit veiller à ne pas brutaliser l'environnement dans lequel il
pratique sa pêche. Mais il est évident que l'action de descendre les filières
de poulpes et de le remonter est nettement moins nocive pour la flore et faune
que le ratissage des fonds à l'aide de chaluts et de bateaux
disproportionnés. Une barque peu contenir prés de 600 poulpiers, il
suffit de multiplier ce nombre par un poids moyen de 1.5 kilo on constate que
ce pêcheur avec un équipement composé principalement de sa barque, du moteur et
des poulpiers estimé à cinquante mille dirhams pêche beaucoup plus qu'un
chalutier de plusieurs millions de dirhams.
Mustapha BOUZARGTOUN sait très bien que ce qui détruit la mer
n'est pas aussi visible que ces poulpiers. Il dénonce l'utilisation des filets
maillant dérivants. Un des plus grands fléaux est la pêche industrielle. Des
techniques redoutables sont employés par les bateaux usines pour capturer les
quantités colossales nécessaires pour une production rentable. Ces bateaux ratissent
les mers, sans aucunes distinctions d'espèces avec des filets atteignant
Ces véritables murailles sont parfois perdues par les bateaux, leurs
amarres s'arrachent et les voilà parties à la dérive des courants. Ces filets
continuent leur morbide tâche au gré de l'eau, indécelables. Alors que d'autres
méthodes de pêche peuvent être pratiquées comme des techniques
traditionnelles" (canne à l'appât vivant ou lignes de traîne). La pêche
marocaine a été jusqu'à ces dernières années une pêche côtière, et la plupart
des engins de pêche utilisés pour la pêche côtière (p. ex., les petits filets
maillant, les nasses, les poulpiers et les palangres) fonctionnent "de
manière passive", ce qui n'est pas le cas de la plupart des engins
normalement utilisés pour les activités de grande envergure (p. ex. les chaluts
pour la pêche hauturière). Mustapha BOUZARGTOUN constate que le conflit qui
oppose les secteurs hauturier et côtier porte ainsi principalement sur les
différences qui existent entre les pêcheurs utilisant des engins de pêche
mobiles et ceux utilisant des engins de pêche fixes.
Selon lui les particularités d'un engin de pêche importent moins que la
façon dont cet engin est utilisé. C'est là où le professionnalisme et l'éthique
du patron de pêche ont leur extrême importance. Il pense que pour la sauvegarde
de nos ressources halieutique que la pêche passive à petite échelle devrait
jouer un plus grand rôle à l'avenir et font valoir que cette sorte de pêche est
plus durable et plus axée sur la conservation que celle pratiqué avec des
engins mobiles. La pêche à la palangre - méthode de pêche qui consiste à
utiliser une longue ligne maîtresse à laquelle sont attachés de plus petits
avançons munis d'un hameçon et d'un appât individuel - est perçue notamment
comme un moyen relativement inoffensif.
Mustapha BOUZARGTOUN soutient que de toutes les méthodes la pêche à la
palangre est la moins destructrice, la plus sélective et fait appel à une main
d'œuvre plus importante que la pêche au chalut. Le poisson pêché à la palangre
est plus rentable car il est de qualité supérieure à celui pêché au filet. En
effet, pendant la pêche au chalut les poissons sont écrasés dans les filets
lorsqu'il sont hissés à bord des bateaux et entraîne un rejet important qui
peut atteindre 50 %. Le poisson pêché à la palangre est plus gros, car sa
taille dépend de la grosseur de l'hameçon et de la grosseur de l'appât.
Mustapha BOUZARGTOUN dénonce des pratiques couramment utilisées et qui visent à
augmenter l'efficacité des filets, comme la pause d'une doublure à l'intérieur
des chaluts pour retenir une plus grande quantités de petits poissons dans le
but d'en attraper de plus gros.
Deux chiffres suffisent à cerner l'étendue du gâchis actuel: les
flottilles industrielles ne représentent que 1% de l'ensemble des navires de
pêche dans le monde. Mais elles réalisent plus de la moitié des prises
mondiales, soit 80 à 90 millions de tonnes (déclarées) par an et entraînent le
déclin rapide de nombreux secteurs de pêche traditionnels. Autre chiffre
révélateur: on évalue à pas moins de 27 millions de tonnes - soit un quart des
prises totales annuelles de poissons dans le monde - le total des poissons
pêchés et rejetés à l'eau comme "prises accessoires" non
commercialisables. "Des milliers d'espèces de requins, dauphins, tortues
marines, oiseaux menacés et poissons non ciblés, jouant un rôle capital pour le
maintien de l'équilibre de la chaîne alimentaire, sont capturés, blessés et
rejetés morts Bien que ces chiffres soit avancé par Greenpeace, les marocains
doivent y être sensibles fautes de statistiques nationales pour les ressources
marocaines.
Outre les engins de pêches d'autres facteurs peuvent influencer
le patrimoine halieutique comme la pollution de la mer, la dégradation du
littoral, la destruction de la flore marines et maritimes. Et ces dangers sont
plus inquiétants car ils sont de la responsabilité de tous les citoyens
marocains mais dont peu en ont conscience. Et le paysage de notre littoral est
des plus catastrophique, d'autant plus que le Maroc est un pays que même les
Européens qualifie de vierge. Mais quand on constate le nombre des décharges
sauvages, des carrières de sables clandestines, de l'urbanisation incontrôlée,
du ramassage destructeur de coraux et d'algues.
Les Marocains devraient se poser des questions quand on voit des unités
marocaines de congélation et de transformations de produit halieutiques
travailler du poisson venu de l'étranger. Qu'est ce qui à conduit à cette
situation ? Le Maroc n'a t-il plus de pêcheurs, n'a-t-il plus de poisson ? On en
est pas encore là, heureusement.
Cela est dû à une mauvaise gestion de nos stocks, de nos outils
de pêches, de nos réseaux de débarquement. Et surtout cela est dû à un manque
de professionnalisme dans le secteur, empêchant toute adaptation. Les armateurs,
les industriels se lancent dans l'activité de la mer, sans aucune appréhension
du métier, et il n'est pas étonnant qu'ils finissent dans l'improvisation au
détriment des ressources halieutiques, des populations, de l'économie
nationale. Mustapha estime qu'il est grand temps de rendre la mer aux gens de
la mer, tout comme il pensait après la guerre qu'il fallait rendre les terres
aux marocains.
Rendre la profession aux gens du métier c'est permettre à cette
population marocaine de consommer du poisson à longueur de l'année, à un prix
raisonnable et d'une parfaite qualité. Car il aura été pêché, conditionné,
vendu par des gens du métier, ayant une éthique et une réputation à défendre.
Mais, c'est une utopie semble-t-il, car aujourd'hui, le poulet et le bétail se
nourrissent plus de poisson que le commun des marocains. Les chiffres le
prouvent. Comment des projets de développement de la consommation national du
poisson ont pu échouer ? Pourquoi l'approvisionnement des usines de farines de
poisson n'a jamais cessé ? Voilà des questions que Mustapha se pose depuis
longtemps.
Pour Mustapha, il n'y a que du bon poisson, mais avec la disparition
des anciens patrons de pêche, et leurs acquis et surtout par intérêts on
assiste à l'agonie d'un secteur car on privilégie la rentabilité à court terme
en utilisant des techniques et des bateaux que la plupart des équipages ne
maîtrisent pas? par manque de compétence et de formation,
Là encore le professionnalisme est absent. Car pour Mustapha
BOUZARGTOUN, le professionnel s'est celui qui voit loin, et qui opte pour la
solution favorisant le développement durable. L'activité de ces usines de
transformation de protéine animale pour l'alimentation l'animal est
irrationnelle dans le Maroc du 3eme millénaire. Cette industrie devrait être
condamnée car elle source d'un gaspillage monstre.
Ce gaspillage ne considère pas uniquement les quantités de poissons que
le marocains ne consommera pas, il faut prendre en compte l'énergie de la
transformation, le nombre d'emplois qu'une tonne de farine nécessite. Alors que
d'un autre côté une tonne de sardine pour la consommation humaine fera
travailler 20 personnes qui pourront chacun dans la journée vendre 50
kilos de sardines et réaliser un gain de 100 DHS. Et 100 DHS à Figuig ou à
Errachidia c'est beaucoup, c'est deux jours de travail pour un manœuvre. Mais
ce manœuvre restera dans sa région, prés de sa famille à qui il apportera
quotidiennement un apport en protéine animal.
Pour Mustapha BOUZARGTOUN c'est ça la rationalité et sa vision du
développement durable, une gestion responsable de l'action de l'homme sur
les ressources naturelles et ce dans le temps. Une gestion en 3D, concrète et
sensée, pour construire le Maroc du
3éme millénaire.