TRADUCTION
TRADUCTION DU SEAFOOD LEADER
REVUE AMÉRICAINE
VOL 6 N°2 PRINTEMPS 1986
Reportage réalisé par Peter
Redmayne
Cette traduction permet de retracer le contexte des années 86 de la pêche au Maroc,
et des nouveaux défis
ON EST EN 2004 - CET ARTICLE
DATE DE 18 ANS - NO COMMENT !
Comme la plupart des marocains, Mustapha Bouzargtoun aime les américains. Son
premier contact avec eux fut pendant la deuxième guerre mondiale quand il lui interdirent d'utiliser son sardinier propulsé par un
moteur MAN de 82 chevaux. Ceci à cause des immenses filets d'acier que les
alliés avaient tendus dans les eaux contre l'intrusion des sous-marins, lui ont expliqué les Américains.
Cependant les Yankees avaient bon cœur, ils n'admettaient pas de voir ce
bonhomme inactif. C'est ainsi que les soldats américains lui demandèrent de
mettre à profit son bateau pour pouvoir s'adonner à la pêche sportive les jours
de permissions. Les Américains découvrir un style de pêche dont ils n'ont
jamais eu l'expérience auparavant. Il n'était pas rare à l'époque de tomber sur
des thons de plus de cinq cents kilos, ainsi que des espadons et des marlins,
et cette pêche était très excitante et appréciée surtout en ces temps de guerre.
Quand son père mourut en lui laissant l'héritage, Bouzargtoun a tout laissé à
ses proches en leur disant : " Je ne veux pas l'argent du défunt. Je
préfère gagner mon propre argent ! "
Après avoir quitté la maison familiale de Safi en 1937, Bouzargtoun embarqua à
bord d'un bateau de pêche et débuta par la pêche à la sardine et au thon. En
tant que marin chevronné et ambitieux, il n'aura pas fallu longtemps à
Bouzargtoun pour acquérir son propre bateau.
Quand le thon était encore en grand nombre, Bouzargtoun, ayant acquis par son
expérience quelques notions de biologie marine, a démontrer
comment il était possible de prendre le gros thon par un appâtage des plus
singulier. Un jour, il en captura prés de six mille kilos en une heure Sa
technique était de trouver en premier lieu et à proximité un banc de sardines,
en attraper une certaine quantité, repérer un banc de thon et intelligemment
les attirer, en leur jetant avec dextérité quelques sardines, jusqu'à la
colonie de sardines. Cajolés par la combinaison de sardines jetées et par
d'autres tirées au bout d'un filin, les gros thons suivaient son bateau sur une
distance pouvant atteindre certains jours prés de
La collision du courant chaud remontant de l'Afrique Équatoriale et les
courants froids des îles Canaries engendre dans les eaux marocaines des
tourbillons ascendants amplifiés par les vents chauds venants du Sahara. Les
éléments nutritifs couvrant les fonds marins sont ainsi remontés à la surface
et favorisent la prolifération du microscopique plancton dont se nourrit la
sardine. Et la sardine est la nourriture commune et appréciée de beaucoup
d'autres espèces.
La régularité de la température aquatique maintien une diversité remarquable de
la flore et faune dans les eaux marocaines. Une pléthore de poissons pélagiques
comme la sardine, le maquereau, le pompano (aoulah) y vivent et d'autre comme
l'ombrine (corbe), le chien de mer se déplacent le long des côtes sahariennes
en dévorant calamars et sardines.
Et c'est encore mieux dans les régions supérieures des côtes sahariennes où les
produits de la mer les plus prisés au monde s'y trouvent en quantité
considérable. Les pêcheurs marocains capturent le homard et la langouste en
fonction de la profondeur. Là il y a le vrai turbot, le loup, le rouget, la
lotte, la sole, le pageot, la dorade, le Saint-Pierre, le congre et beaucoup
d'autres encore. Et bien sûr il y a les abondants céphalopodes, comme le
calamar, la seiche, et le poulpe parfois proposé jusqu'à 5 dollars la livre
soit prés de 100 dirhams le kilo aux acheteurs japonais de Las Palmas. Même les
rivières du Maroc sont riches en poissons venant de la mer. Certaines espèces
remontent chaque hiver en grand nombre jusqu'à la région de Fez par la rivière
Sebou….
Les pêcheurs de
Le Maroc
Mais la limite des
Bouzargtoun se souvient des premiers acheteurs français débarquant à Casablanca
en 1959, à la recherche de calamars congelés. Ils se montrèrent également
intéressés par le loup et autres espèces nobles, qu'ils achetaient très chers
chez eux. Bouzargtoun centralisa son activité d'exportation sur Casablanca et
devint le premier à exporter des quantités non négligeables de poisson frais
marocain vers les capitales gastronomiques de toute l'Europe. Mais pendant que
les affaires de Bouzargtoun prospéraient, les choses n'étaient plus aussi
calmes dans les territoires sahariens.
Sous la pression croissante du Maroc et de
Cependant afin d'établir le contrôle marocain dans le Sahara occidental, le Roi
Hassan II, rassembla dans un mouvement que l'Histoire retiendra sous le nom de
"
Le Maroc qui a toujours dénoncé l'occupation du Sahara Occidental, fit un pas
de géant quand en 1984 le Roi Hassan II signa avec le leader libyen le Colonel
Muammar El Kadafi un accord dans lequel
Le contrôle du Sahara Occidental (pour les Marocains tout simplement le Sahara)
fut une bonne nouvelle pour les exportateurs comme Bouzargtoun, qui par ses
expéditions régulières et quotidiennes de plus de 6 tonnes de poissons frais
vers l'Europe est à court de poisson pour développer de nouveaux marchés. Quand
la route de Dakhla, l'unique port le long de la côte atlantique du Sahara, sera
achevée vers la fin de cette année (1986), Bouzargtoun estime que ses problèmes
d'approvisionnement prendront fin. Personne n'a pêché dans ces eaux depuis bien
longtemps, dit-il, et il sait que nombreux sont les pêcheurs marocains à
vouloir aller vers le sud.
Le poisson frais marocain est vendu à la criée chaque jour dans les grands
ports du royaume comme Agadir, Safi, Casablanca et Tanger. Agadir le premier
port avec le débarquement de plus de la moitié de la pêche nationale, est aussi
un port de plaisance et de villégiature pour les Européens aux revenus
confortables se déplaçant par avion. Mais la plupart des produits de la mer
congelés en mer par les flottes internationales œuvrant dans les eaux sahariennes
est débarquée à Las Palmas, une oasis détaxée pour les armateurs de la pêche
hauturière.
Le Maroc comme beaucoup de pays du tiers monde, a appris que déclarer une
limite de
" Les Soviétiques, en général, ne débarquent pas leur poisson à Las
Palmas. Tout ce que les Russes attrapent dans les parages, est destiné à leurs
propres bateaux usines ou transborder en haute mer " explique un
fonctionnaire des autorités portuaires de Las Palmas. " Si les Russes le
font c'est pour avoir du liquide pour couvrir les frais comme le fuel, la
nourriture ou l'eau. "
Tout comme Bouzargtoun ayant déclaré à M Guessous, Ministre de
L'O.M.P. démarra en plein régime, commandant 27 chalutiers congélateurs de plus
de
Quand les Socialistes vinrent au pouvoir en Espagne en 1983, le Roi Hassan II
considérait qu'il s'agissait d'une question d'honneur de négocier un nouvel
accord avec les nouveaux venus au pouvoir. En tant que pari de l'opposition,
les socialistes étaient des fervents supporters du polisario contre ce qu'ils
appelaient "la domination marocaine ". Pour Félipé Gonzalez, le nouveau
Premier ministre espagnol, était venu le temps de payer les pots cassés.
Si les Espagnols voulaient continuer à pêcher dans les eaux sahariennes ils se
devaient de payer. Rabat augmenta le montant des redevances pour les licences
de pêches espagnoles de 70 pour cent tout en réduisant la quantité pêchée par
les bateaux espagnols de 40 pour cent. La crème glacée du gâteau fut les
centaines de millions de dollars sous forme de fonds de garantie espagnols,
dont la plus grosse en faveur de l'O.M.P…
Bouzargtoun est allé lui-même plusieurs fois à Tan-Tan, il ne voit pas comment
Laraki et sa société peuvent gagner de l'argent en considérant les sommes
énormes qui ont été dépensées. Avec la route de Dakhla en fin d'aménagement et
la possibilité d'extension de son unité de congélation prés de l'aéroport de
Casablanca, Mustapha Bouzargtoun a renforcé ses bases pour continuer ce qu'il a
fait depuis toujours, offrir les meilleurs produits de la mer à ses amis, les
Américains. Le palais royal a fait appel à un puissant groupe de Washington,
Gray & Co., pour lui venir en aide. Charles Francis, le vice-président de
Gray & CO. Explique que le Roi veut développer l'industrie halieutique en
promouvant "le secteur privé vers le secteur privé " par des
relations d'affaires. Si vous êtes intéressés par l'acquisition de produits de
la mer, ou peut être crée un joint venture avec une société marocaine, Francis
attend votre appel.
Les exportateurs français vendent déjà des quantités non négligeables de
poissons frais venant du Maroc aux américains, ceux qui le consomment pensent
qu'il est rare, coûteux et qu'il a pour origine les mers françaises. Mais le
poisson marocain ne doit pas être si cher en réalité, d'autant plus si vous
êtes américain (cours de change). Les exportateurs marocains de produits de la
mer ont déjà commencé des transactions directes avec les Américains, et
Le littoral saharien ne sera plus jamais le même. Avec tout l'enthousiasme des
nombreux professionnels de la pêche côtière d'aller exploiter les nouvelles
eaux du sud, une flotte de chalutiers congélateurs, certains y pêchent déjà ou
sont en construction, et un remarquable port dont les travaux sont en phase
d'achèvement, l'industrie halieutique marocaine est entrée dans une nouvelle
ère.
Et il n'y a pas de marocain plus
heureux que Bouzargtoun.
e
REVUE AMERICAINE
VOL 6 N°2 PRINTEMPS 1986.