HISTOIRE

CONTEXTE SOCIO-ÉCONOMIQUE 1920-1930

Le travail de l’argile était l’une des  spécialités de Safi depuis déjà prés de sept siècles, et procurait du travail à beaucoup de gens aussi bien ruraux que citadins. Cet artisanat renaissant faisait vivre une nombreuse main-d'œuvre extrayant l'argile des gisements de glaise de la région, des centaines d'artisans dans les ateliers rudimentaires, toute une multitude de petits commerçants de poteries et des vendeurs ambulants  d'articles décoratifs ou usuels en terre. Sans oublier toutes les autres activités découlant de cet artisanat, comme la coupe du bois alimentant les fours de cuisson, le transport. Les pouvoirs publics de l'époque, avant-gardistes réalisèrent l'importance économique et sociale de cet artisanat et décidèrent de le développer. A cet égard, une école de la céramique venait d’être crée ainsi qu’un atelier qui fut confié à l’un des maîtres de cet art, à savoir le maître artisan potier Malami, afin que cette tradition artistique  puisse  ainsi être préservée, et se développer. Dés lors le métier d'artisan potier regagna ces lettres de noblesse, et aussitôt une kyrielle de d'ateliers et d'échoppes apparurent dans la ville et ses alentours.

Une autre mutation économique et sociale allait contribuer à l'épanouissement de la ville, cette fois-ci elle vint de la mer. Avec la récente implantation des conserveries de sardines au Maroc,  notamment à Casablanca et Mohammedia, le port de pêche de Safi commençait à connaître une nouvelle dynamique. La politique de colonisation de l’Afrique du Nord par la France, et du reste du continent avec d'autres pays européens comme la Belgique, le Portugal, l'Allemagne, l'Angleterre et l’Italie et cette époque incertaine d'après guerre  incitait les gouvernements à prévoir leur  sécurité alimentaire, notamment pour les millions de soldats mobilisés dans les dizaines de pays touchés par la guerre et l'occupation. La sardine en boîte ou la sardine séchée et  conservée dans de la saumure constituait la ration idéale pour les populations et pour les soldats. Afin d’approvisionner les conserveries au Maroc, dés 1920, prés de 27 bateaux sardiniers furent mis en service. 

 Beaucoup de pays devenaient par le colonialisme et pour le colonialisme des réserves en denrées alimentaires et aussi en minerais, richesses si convoitées par les nouveaux pays industriels. L'expansion vitale de l'industrie lourde et chimique encouragea les puissances à conquérir et à prospecter davantage dans le monde. C'est ainsi que l’exploitation des gisements de minerai de Jbilet et des phosphates dans la région de Youssoufia allait contribuer au développement rapide et historique de la ville. Grâce à ce bénéfique minerai qu'est le phosphate, la petite ville de Safi allait se voir dotée d'un port minier en expansion interminable, et d'infrastructures  allant lui permettre de profiter de l'une des premières locomotives du développement du pays. Le petit port de pêche allait aussi bénéficier de ces gigantesques transformations, et ainsi à sa façon, graver le nom de Safi dans les anales de l'histoire. De cette ville, l'Europe, les États-Unis, le monde entier allait en ces années de crise, de guerre et de famine recevoir ces mannes marocaines : la sardine,  et le phosphate;  la première base dans l'alimentation, le second dans l'industrie chimique et métallurgique.

RETROUVONS LE JEUNE MUSTAPHA...

Naissance de la conserverie et de la pêche industrielle. 

  Dans le début des années 20, la ville de Safi vit la création d'une industrie de la conserve notamment par des Portugais, sa production et sa renommée commençaient à prendre de l'ampleur, grâce notamment aux efforts d’un homme légendaire, El Hadj Abid. Celui-ci avait contribué au développement de la pêche de la sardine à  Safi, tout en  exploitant le créneau de l'approvisionnement des conserveries de Casablanca et de Mohammedia, et naturellement  des usines de Safi, dont certaines venaient d’être reprises par une société française : Les Conserveries de Bordeaux. Grâce à cet homme, à sa volonté et son travail, des centaines de familles subvenaient à leur besoin en travaillant à l'exploitation aussi bien en mer qu'à terre de cette manne céleste qu’était  la sardine. Cette activité est à l'origine d'une implantation massive  au Maroc de Français, d'Espagnols, de Portugais, et d'Italiens.

Les gouvernements européens, canadiens, et américains dés le début du siècle avaient relevé le caractère stratégique et vital de l'exploitation des ressources halieutiques. c’est ainsi que des efforts considérables ont été entrepris par ces pays pour rendre plus performantes les flottilles de pêche, et améliorer leur rendement. Afin de permettre aux bateaux de pêche une exploitation plus efficace,  plus rationnelle tout en permettant aux armateurs de diminuer leur frais d'exploitation, le moteur diesel fut adapté et adopté par la construction navale dés les années 20. en ce temps là les pêches lointaines comme celle de la morue dans les mers d’Islande et du canada étaient pratiquées par des dundhdee,  voiliers célèbres par leur silhouette élancée, et leurs nombreux mats. Ces bateaux mesuraient prés de 30 m de long. Les chaloupes étaient réservées pour la pêche côtière, et furent peu à peu remplacer par les coltres, beaucoup plus robustes et plus manœuvrables en mer.

 

 

La plupart des ports du Maroc, ainsi que le port de Safi n'abritaient pas de flotte de pêche digne de ce nom, à part quelques sardiniers approvisionnant les conserveries. Outre leurs flottes traditionnelles faites de grandes chaloupes munies d’une voile latine,  et supplée par des rames à rames, quelques barges dont certaines étaient équipées de petits moteurs à essence, les ports du Maroc abritaient quelques bateaux de pêche. Ils appartenaient en général à des armateurs français, portugais, italiens ou espagnols cherchant de meilleures pêches dans les eaux africaines.

Plusieurs faits auront pour résultats l’apparition de l’embryon de la pêche côtière et industrielle au Maroc. Les bancs de poissons comme la sardine se firent plus rares pour les pêcheurs bretons, basques, portugais. Il en fut de même pour la morue, et par la suite le thon. Ce poisson n’était pratiquement pas pêché les siècles auparavant. En effet, la pêche de la sardine et de la morue se pratiquaient dés le 15e siècle en Europe. Ces deux poissons étaient conservés par salage, cette méthode facilitait leur distribution dans les villes d’Europe, mais elle ne convenait pour la chair du thon. Il fallut attendre la découverte de l’appertisation vers 1820 en France, pour que le thon, et les autres poissons puissent être mis en boite et conservés convenablement pour une longue période. Dés la création de la première «confiserie » de sardine en Bretagne et vers les années 1917 dans le pays basque, la pêche devint plus ciblée, plus efficace. Les échanges maritimes s’intensifièrent entre les continents, permettant aux industries de se décentraliser. La peur suscitée par le communisme, et les théories prolétariennes poussèrent les milieux financiers à mettre à l’abri, loin de la métropole, leurs capitaux en ayant une main d’œuvre locale corvéable à peu de frais.

C’est ainsi que la pêche artisanale, la pêche côtière, dés lors, allaient connaître un développement difficile, long, pleins de sacrifices aussi bien de la part de la nation, que ceux tout  aussi symbolique et chers de la part de ces marocains, parfois anonymes. Ceux-là  même  qui par leur abnégation dans le travail, leur force intérieure, leur amour du métier, ont et continuent à lutter pour préserver un patrimoine exceptionnel, et faire perpétuer ce beau métier qu’est la pêche dans son sens le plus noble

 

la crise mondiale

Il était vrai que suite au fameux crash boursier de 1929 aux États-Unis, le monde était constamment à l'affût d'informations susceptibles de rendre l'optimisme perdu. L'époque était devenue incertaine. En Europe des millions de chômeurs se trouvèrent à la rue et ce paradoxalement au moment où ces mêmes pays avaient entamé une forte croissance industrielle et agricole, et ou beaucoup de nations avaient engagé d'énormes moyens financiers pour effacer les affres de la première guerre mondiale. Ce vent de panique déferla sur les économies, mais aussi sur le moral des populations. Pour eux ce qui comptaient avant tout était survivre à la misère ou s'en prémunir. Les familles marocaines, même aisée, se trouvèrent par conséquent dans le doute quant à une quelconque utilité de l'enseignement dans l'état des choses. Beaucoup de parents marocains n'espéraient plus qu'une chose, voir leur enfant travailler.

Au boulot...

Du fait de l'internationalisation et de la durée de cette guerre, tous les secteurs de l'économie nationale ont été touchés de plein fouet, et plus particulièrement ceux de la pêche et de la navigation maritime. Les bateaux ont cessé toute activité en raison de la pénurie de gasoil, l'approvisionnement de celui-ci a, très tôt, été réglementé, le rationnement de cette matière vitale ayant été fixé à une cinquantaine de litres de gasoil par bateau et par jour. Ce qui était insignifiant, étant donné la grosse consommation des moteurs diesel à l'époque et de la distance séparant le port des zones de pêche. Les armateurs, de ce fait, ont diminué leur temps de sortie en mer, réduisant du même coup la quantité de poisson pêché et par voie de conséquence leur recette. 

L'APPROCHE DE LA GUERRE 39-45

Nombreux mirent leur bateau en cale faute de pouvoir faire face aux frais d'exploitation. Des bateaux à vapeur réapparurent, propulsés par des chaudières brûlant du charbon, mais leur nombre et leur efficacité ont eu peu de répercussion dans cette crise. Par ailleurs la situation a empiré en raison des mesures de sécurité appliquées autour du port. En effet, d'immenses filets en acier furent tendus à l'entrée du port pour interdire l'infiltration des sous-marins ennemis. Le chômage devenait flagrant dans le milieu des marins pêcheurs, beaucoup d'entre eux durent se reconvertir dans d'autres activités. Des colporteurs, marchands des quatre saisons, des tas de petits métiers firent leur apparition autour du port et dans la Médina. Ils proposaient toutes sortes de choses, parfois d'origine douteuse mais en ces temps de vaches maigres il n'était pas question de faire la fine bouche. 

Beaucoup de marins baissèrent les bras, désœuvrés, ne pouvant se réadapter au travail à terre