Le travail de l’argile était l’une des spécialités de Safi depuis déjà prés de sept
siècles, et procurait du travail à beaucoup de gens aussi bien ruraux que
citadins. Cet artisanat renaissant faisait vivre une nombreuse main-d'œuvre
extrayant l'argile des gisements de glaise de la région, des centaines
d'artisans dans les ateliers rudimentaires, toute une multitude de petits
commerçants de poteries et des vendeurs ambulants d'articles décoratifs ou usuels en terre.
Sans oublier toutes les autres activités découlant de cet artisanat, comme la
coupe du bois alimentant les fours de cuisson, le transport. Les pouvoirs
publics de l'époque, avant-gardistes réalisèrent l'importance économique et
sociale de cet artisanat et décidèrent de le développer. A cet égard, une école
de la céramique venait d’être crée ainsi qu’un atelier qui fut confié à l’un
des maîtres de cet art, à savoir le maître artisan potier Malami, afin que
cette tradition artistique puisse ainsi être préservée, et se développer. Dés
lors le métier d'artisan potier regagna ces lettres de noblesse, et aussitôt
une kyrielle de d'ateliers et d'échoppes apparurent dans la ville et ses
alentours.
Une autre mutation économique et sociale allait contribuer à
l'épanouissement de la ville, cette fois-ci elle vint de la mer. Avec la
récente implantation des conserveries de sardines au Maroc, notamment à Casablanca et Mohammedia, le port
de pêche de Safi commençait à connaître une nouvelle dynamique. La politique de
colonisation de l’Afrique du Nord par la France, et du reste du continent avec
d'autres pays européens comme la Belgique, le Portugal, l'Allemagne,
l'Angleterre et l’Italie et cette époque incertaine d'après guerre incitait les gouvernements à prévoir
leur sécurité alimentaire, notamment
pour les millions de soldats mobilisés dans les dizaines de pays touchés par la
guerre et l'occupation. La sardine en boîte ou la sardine séchée et conservée dans de la saumure constituait la
ration idéale pour les populations et pour les soldats. Afin d’approvisionner
les conserveries au Maroc, dés 1920, prés de 27 bateaux sardiniers furent mis
en service.
Beaucoup de pays
devenaient par le colonialisme et pour le colonialisme des réserves en denrées
alimentaires et aussi en minerais, richesses si convoitées par les nouveaux
pays industriels. L'expansion vitale de l'industrie lourde et chimique
encouragea les puissances à conquérir et à prospecter davantage dans le monde.
C'est ainsi que l’exploitation des gisements de minerai de Jbilet et des
phosphates dans la région de Youssoufia allait contribuer au développement
rapide et historique de la ville. Grâce à ce bénéfique minerai qu'est le
phosphate, la petite ville de Safi allait se voir dotée d'un port minier en
expansion interminable, et d'infrastructures
allant lui permettre de profiter de l'une des premières locomotives du
développement du pays. Le petit port de pêche allait aussi bénéficier de ces
gigantesques transformations, et ainsi à sa façon, graver le nom de Safi dans
les anales de l'histoire. De cette ville, l'Europe, les États-Unis, le monde
entier allait en ces années de crise, de guerre et de famine recevoir ces
mannes marocaines : la sardine, et le
phosphate; la première base dans
l'alimentation, le second dans l'industrie chimique et métallurgique.
RETROUVONS LE JEUNE MUSTAPHA...
Naissance de la conserverie et de la pêche
industrielle.
Dans le début des années 20, la
ville de Safi vit la création d'une industrie de la conserve notamment par des
Portugais, sa production et sa renommée commençaient à prendre de l'ampleur,
grâce notamment aux efforts d’un homme légendaire, El Hadj Abid. Celui-ci avait
contribué au développement de la pêche de la sardine à Safi, tout
en exploitant le créneau de l'approvisionnement des conserveries de
Casablanca et de Mohammedia, et naturellement des usines de Safi, dont
certaines venaient d’être reprises par une société française : Les
Conserveries de Bordeaux. Grâce à cet homme, à sa volonté et son travail, des
centaines de familles subvenaient à leur besoin en travaillant à l'exploitation
aussi bien en mer qu'à terre de cette manne céleste qu’était la sardine.
Cette activité est à l'origine d'une implantation massive au Maroc de
Français, d'Espagnols, de Portugais, et d'Italiens.
Les gouvernements
européens, canadiens, et américains dés le début du siècle avaient relevé le
caractère stratégique et vital de l'exploitation des ressources halieutiques.
c’est ainsi que des efforts considérables ont été entrepris par ces pays pour
rendre plus performantes les flottilles de pêche, et améliorer leur rendement.
Afin de permettre aux bateaux de pêche une exploitation plus efficace,
plus rationnelle tout en permettant aux armateurs de diminuer leur frais
d'exploitation, le moteur diesel fut adapté et adopté par la construction
navale dés les années 20. en ce temps là les pêches lointaines comme celle de
la morue dans les mers d’Islande et du canada étaient pratiquées par des
dundhdee, voiliers célèbres par leur silhouette élancée, et leurs
nombreux mats. Ces bateaux mesuraient prés de
La plupart des ports du Maroc, ainsi que
le port de Safi n'abritaient pas de flotte de pêche digne de ce nom, à part
quelques sardiniers approvisionnant les conserveries. Outre leurs flottes
traditionnelles faites de grandes chaloupes munies d’une voile latine, et
supplée par des rames à rames, quelques barges dont certaines étaient équipées
de petits moteurs à essence, les ports du Maroc abritaient quelques bateaux de
pêche. Ils appartenaient en général à des armateurs français, portugais,
italiens ou espagnols cherchant de meilleures pêches dans les eaux africaines.
Plusieurs faits auront pour résultats l’apparition
de l’embryon de la pêche côtière et industrielle au Maroc. Les bancs de
poissons comme la sardine se firent plus rares pour les pêcheurs bretons,
basques, portugais. Il en fut de même pour la morue, et par la suite le thon.
Ce poisson n’était pratiquement pas pêché les siècles auparavant. En effet, la
pêche de la sardine et de la morue se pratiquaient dés le 15e siècle en Europe.
Ces deux poissons étaient conservés par salage, cette méthode facilitait leur
distribution dans les villes d’Europe, mais elle ne convenait pour la chair du
thon. Il fallut attendre la découverte de l’appertisation vers 1820 en France,
pour que le thon, et les autres poissons puissent être mis en boite et
conservés convenablement pour une longue période. Dés la création de la
première «confiserie » de sardine en Bretagne et vers les années 1917 dans
le pays basque, la pêche devint plus ciblée, plus efficace. Les échanges
maritimes s’intensifièrent entre les continents, permettant aux industries de
se décentraliser. La peur suscitée par le communisme, et les théories
prolétariennes poussèrent les milieux financiers à mettre à l’abri, loin de la
métropole, leurs capitaux en ayant une main d’œuvre locale corvéable à peu de
frais.
C’est ainsi que la pêche artisanale, la pêche
côtière, dés lors, allaient connaître un développement difficile, long, pleins
de sacrifices aussi bien de la part de la nation, que ceux tout aussi
symbolique et chers de la part de ces marocains, parfois anonymes. Ceux-là
même qui par leur abnégation dans le travail, leur force
intérieure, leur amour du métier, ont et continuent à lutter pour préserver un
patrimoine exceptionnel, et faire perpétuer ce beau métier qu’est la pêche dans
son sens le plus noble
la crise mondiale
Il était vrai que suite au fameux crash boursier de 1929 aux
États-Unis, le monde était constamment à l'affût d'informations susceptibles de
rendre l'optimisme perdu. L'époque était devenue incertaine. En Europe des
millions de chômeurs se trouvèrent à la rue et ce paradoxalement au moment où
ces mêmes pays avaient entamé une forte croissance industrielle et agricole, et
ou beaucoup de nations avaient engagé d'énormes moyens financiers pour effacer
les affres de la première guerre mondiale. Ce vent de panique déferla sur les
économies, mais aussi sur le moral des populations. Pour eux ce qui comptaient
avant tout était survivre à la misère ou s'en prémunir. Les familles
marocaines, même aisée, se trouvèrent par conséquent dans le doute quant à une
quelconque utilité de l'enseignement dans l'état des choses. Beaucoup de
parents marocains n'espéraient plus qu'une chose, voir leur enfant travailler.
Au boulot...
Du fait de l'internationalisation et de la durée de cette
guerre, tous les secteurs de l'économie nationale ont été touchés de plein
fouet, et plus particulièrement ceux de la pêche et de la navigation maritime.
Les bateaux ont cessé toute activité en raison de la pénurie de gasoil,
l'approvisionnement de celui-ci a, très tôt, été réglementé, le rationnement de
cette matière vitale ayant été fixé à une cinquantaine de litres de gasoil par
bateau et par jour. Ce qui était insignifiant, étant donné la grosse
consommation des moteurs diesel à l'époque et de la distance séparant le port
des zones de pêche. Les armateurs, de ce fait, ont diminué leur temps de sortie
en mer, réduisant du même coup la quantité de poisson pêché et par voie de
conséquence leur recette.
Nombreux mirent leur bateau en cale faute de pouvoir faire face
aux frais d'exploitation. Des bateaux à vapeur réapparurent, propulsés par des
chaudières brûlant du charbon, mais leur nombre et leur efficacité ont eu peu
de répercussion dans cette crise. Par ailleurs la situation a empiré en raison
des mesures de sécurité appliquées autour du port. En effet, d'immenses filets
en acier furent tendus à l'entrée du port pour interdire l'infiltration des
sous-marins ennemis. Le chômage devenait flagrant dans le milieu des marins pêcheurs,
beaucoup d'entre eux durent se reconvertir dans d'autres activités. Des
colporteurs, marchands des quatre saisons, des tas de petits métiers firent
leur apparition autour du port et dans la Médina. Ils proposaient toutes sortes
de choses, parfois d'origine douteuse mais en ces temps de vaches maigres il
n'était pas question de faire la fine bouche.
Beaucoup de marins baissèrent les bras, désœuvrés, ne pouvant se
réadapter au travail à terre